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Pour la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du territoire, il y a un conflit manifeste de planification territoriale au Grand-Saint-Bernard.
© Laslo Irmes

Valais

Des éoliennes menacent le Grand-Saint-Bernard

Selon les organisations environnementales, un projet éolien met en péril l’inscription du Grand-Saint-Bernard au patrimoine mondial de l’Unesco. Des photomontages illustrent le conflit

Prieur de l’hospice du Grand-Saint-Bernard, José Mittaz avoue sa surprise et son inquiétude. Sur le départ après avoir mené les travaux de restauration des bâtiments, il n’avait plus entendu parler de ce projet depuis plus d’une année. La société SwissWinds prévoit d’ériger sept éoliennes de 140 mètres de haut, dans les rochers de la combe de Barasson, sur la route qui mène au col. On lui a promis que les hélices ne seraient pas visibles du site. «Favorable à l’énergie verte», il souhaite aussi «préserver l’environnement de l’hospice». Si les éoliennes devaient se voir depuis le col, pour lui, «ce serait une injure».

Il y a un conflit manifeste d’usage du sol et il faudra faire un choix.

Censé injecter 19 gigawattheures dans le réseau, le parc éolien est devisé à près de 45 millions de francs. La commune de Bourg-Saint-Pierre a mis à l’enquête publique un plan d’aménagement détaillé durant l’été. Cinq organisations environnementales s’y sont opposées, surtout parce que les éoliennes menacent quatre espèces d’oiseaux qui figurent sur une liste rouge. La Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du territoire, elle, avance un argument patrimonial: deux photomontages annexés à l’étude d’impact sur l’environnement montrent que trois éoliennes seront visibles de l’hospice. Pour le responsable romand de la fondation, Roman Hapka, le projet énergétique est incompatible avec la revalorisation culturelle du site. Selon lui, «il y a un conflit manifeste d’usage du sol et il faudra faire un choix».

La région ambitionne une inscription à l’Unesco

Fondé il y a plus de 950 ans, l’hospice du Grand-St-Bernard accueille plusieurs dizaines de milliers de touristes ou de pèlerins chaque année. Situé sur plusieurs itinéraires culturels, il est inscrit à l’inventaire des sites construits d’importance nationale à protéger, entre autres pour son «contraste avec l’environnement alpin aride et minéral». Ces dernières années, près de huit millions de francs ont été investis pour rénover les bâtiments de l’hospice et y installer une auberge. La collecte de dons se poursuit toujours.

Je vois un conflit plus important dans l’ambiguïté des ONG qui prétendent soutenir les énergies renouvelables mais s’opposent à tous les projets

Le conflit qui oppose aujourd’hui les organisations environnementales et la société SwissWinds est d’autant plus embarrassant que la Fondation pour la protection et l’aménagement du territoire a été sollicitée pour financer la réfection du site. Suite au différend, elle a suspendu son soutien. Président du comité de patronage qui a réuni les fonds, l’ancien président du PDC suisse Christophe Darbellay se décrit «attristé par l’argumentation saugrenue de la fondation». Pour lui, les deux projets sont compatibles: «Je vois un conflit plus important dans l’ambiguïté des ONG qui prétendent soutenir les énergies renouvelables mais s’opposent à tous les projets.»

Il est difficilement imaginable que la Confédération puisse proposer la candidature du Grand-Saint-Bernard si les éoliennes sont visibles

En mai dernier, Christophe Darbellay faisait partie d’une délégation valaisanne qui s’est rendue à Rome pour rencontrer les représentants de la commission italienne de l’Unesco. La région transfrontalière du Grand-Saint-Bernard ambitionne de figurer au patrimoine de l’humanité. L’Office fédéral de la culture est occupé à établir la liste indicative des sites susceptibles d’être présentés à l’Unesco. Pour Oliver Martin, responsable de la section patrimoine culturel et monuments historiques, «il est difficilement imaginable que la Confédération puisse proposer la candidature du Grand-Saint-Bernard si les éoliennes sont visibles de l’hospice».

La société conteste les photomontages

La société SwissWinds soutient que les photomontages qui montrent que trois éoliennes seront visibles depuis l’hospice contiennent des erreurs: «L’implantation des éoliennes est fausse. Seule une toute petite partie des pâles pourra se voir en fonction de l’endroit où l’on se positionnera.» Annexées à la mise à l’enquête publique, ces images ont pourtant été réalisées par un bureau d’ingénieur que la société a elle-même mandaté pour étudier l’impact du projet sur l’environnement. Ses responsables n’ont pas répondu aux sollicitations du «Temps». Déjà à l’origine de la plus haute éolienne d’Europe, érigée au col du Nufenen, SwissWinds relève que ses projets se développent à proximité d’infrastructures existantes: «La zone concernée est déjà traversée par une ligne électrique de transit Suisse‐Italie.»

On nous reproche d’utiliser le peu qu’on a, des terrains caillouteux qui ne rapportent rien.

Président de Bourg Saint-Pierre depuis 24 ans, le libéral radical Gilbert Tornare possède un restaurant niché sur la route du col. Il espère que la région sera inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco et il estime que les éoliennes ne l’interdisent pas. Il affirme lui aussi qu’elles ne se verront pas de l’hospice: «Quand les organisations environnementales disent que les deux projets entrent en conflit, c’est à la fois malhonnête et faux.» Si le parc éolien se réalise, la commune bénéficiera d’une location annuelle de 5000 francs par éoliennes et la Confédération lui versera des rétributions à prix coûtant pour le courant injecté. En espérant négocier, il a convoqué une séance de conciliation pour la mi-octobre: «On nous reproche d’utiliser le peu que nous avons, des terrains caillouteux qui ne rapportent rien.»

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