C’est une première en Suisse, susceptible de cadrer un tant soit peu le débat très émotionnel sur les éoliennes. Avant de présenter, après les vacances, une stratégie énergétique visant la sortie du nucléaire (60% de son approvisionnement) et une autonomie énergétique maximale, le canton du Jura a commandé une étude d’impact des éoliennes sur la santé. Pas l’expertise d’un site particulier, à Saint-Brais ou au Peuchapatte où tournent cinq machines suscitant la grogne, mais une compilation de la littérature scientifique à ce sujet.

Les études reconnues dans la communauté scientifique ont été passées au scanner. Le bureau Equiterre à Lausanne a livré son rapport jeudi. Les éoliennes ne causent pas de dommages graves à la santé des populations. L’impact est même qualifié de «faible à très faible». Mais la directrice d’Equiterre, Natacha Litzistorf, prescrit une batterie de précautions. «En déduire que l’impact sur la santé est négligeable montrerait qu’on n’a pas compris», prévient-elle.

Premier effet négatif possible, le bruit, provoqué par le fonctionnement mécanique de la machine et les flux d’air. Il n’entraîne pas d’effet nocif pour la santé, mais un sentiment de gêne, «réel et avéré, qui perturbe le bien-être, comme le sommeil».

Le risque d’être dérangé par le bruit est associé «à d’autres facteurs comme la visibilité ou le bruit ambiant». L’étude propose de cacher autant que faire se peut les éoliennes pour que la gêne liée au bruit s’atténue.

Avis divergents

Natacha Litzistorf est moins catégorique concernant l’absence d’impact lié aux infrasons. Les études sont peu nombreuses et les avis divergent. Recommandation simple: choisir des machines dont la nacelle est bien isolée. L’effet stroboscopique des ombres mouvantes peut déranger, c’est avéré. Il est même de nature à provoquer des crises chez les épileptiques, mais avec un risque très faible.

Les experts recommandent de tenir compte de cet effet lors de l’implantation des éoliennes ou d’arrêter les turbines lors de périodes critiques. Equiterre brise un autre argument des opposants: les éoliennes ne sont pas dangereuses. Depuis les années 1970, elles ont «provoqué» la mort de vingt personnes, surtout lors de travaux de montage ou d’entretien. Il n’y a pas d’accident de personnes vivant ou se promenant à proximité d’éoliennes.

Les chercheurs ont encore examiné un effet «subjectif et con­textuel», celui de l’impact sur le paysage. Une modification du paysage par la pose d’éoliennes peut générer du stress.

Les scientifiques prônent donc une stratégie d’aménagement du territoire qui garantisse que certains paysages soient vierges d’éoliennes. Ils encouragent également des procédures claires et transparentes ainsi que la participation des populations.

Au final, l’étude ne dit rien d’autre que ce qui était connu. Pour le Jura, qui devra déterminer combien il entend implanter d’éoliennes sur son territoire, au travers de sa stratégie énergétique 2035 à venir, le travail d’Equiterre constitue une base qu’il saura présenter aux opposants et influencera sa planification.

Etre «responsable»

«Notre concept en tiendra compte», assure le ministre de l’Energie, Philippe Receveur. Il promet d’aller au-delà des exigences légales pour respecter le bien-être des populations. Mais il ajoute qu’il s’agira de procéder à des pesées d’intérêts.

Le conseiller d’Etat n’entend pas imposer des éoliennes aux populations qui n’en veulent pas, mais il veut être «responsable», dit-il, et présenter un plan de production d’électricité qui couvre les besoins du canton.

Ce sera une combinaison entre plusieurs sources, et l’éolien en sera. Il rassure ceux qui affirment que les villes colonisent les crêtes jurassiennes pour produire leur électricité: «Nous n’avons pas vocation à être la pile énergétique de la Suisse.» En attendant la planification 2035, un moratoire de fait a été décrété depuis dix-huit mois pour tout nouveau projet éolien.