Neuf sites retenus dans la planification cantonale. Dix autres qui pourront l’être à certaines conditions. Au total, de quoi produire plus du quart de la consommation annuelle d’électricité à l’horizon 2035, grâce à 170 machines. Avec cette nouvelle planification, mise lundi en consultation, l’Etat de Vaud se montre volontariste dans le domaine de l’énergie éolienne, son objectif étant largement supérieur à celui que retient la Confédération.

« La solution de notre problème énergétique viendra de notre capacité à convaincre la population, a souligné la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro. Le choix qui se pose est d’accepter ou non, à titre provisoire peut-être, une nouvelle forme d’énergie. Il faut bien passer de la parole aux actes. »

Quatre des projets pour lequel le feu est au vert étaient déjà inscrits dans la précédente planification. Il s’agit des sites de Ste-Croix et de Bel-Coster (Jura vaudois), ainsi que d’Eoljorat Sud et de Tous-Vents (centre du canton). Viennent s’y ajouter ceux de Bière et de Grati (Jura), d’Eoljorat Nord , de Daillens 1 et 2 (centre). Ces neuf projets du haut de la pile représentent 67 machines, pour une production de 51 Gwh. Avec 13 machines, le site de Daillens est dans cette catégorie le plus important prévu. Le projet d’Eoljoux, qui touche un paysage inscrit à l’inventaire fédéral, dépend toujours d’une décision du Conseil fédéral.

Dix autres projets, retenus sous condition, ont donc le feu orange. Dans quatre cas frontaliers, le feu vert dépend d’une concertation avec les cantons voisins de Neuchâtel (Grandsonnaz, Provence, Grandevent) et de Fribourg (Chavannes-sur-Moudon). Dans cinq cas, l’accord de Skyguide n’est pas encore acquis (Vaudair, Cronay, Villars-le-Terroir, Bottens). Dans un seul cas, au Mollendruz, la condition est liée à l’impact paysager. Ces dix projets totalisent 103 machines et une production de 739 Gwh.

18 projets recalés

La planification territoriale des éoliennes dans le canton de Vaud est largement postérieure à l’existence des projets. Une première version de ce document cantonal ne dessinait que de grandes zones d’exclusion. Cette nouvelle version, doit davantage permettre une vue d’ensemble, en particulier pour la Confédération. Elle aboutit au refus de 18 projets (110 machines) ne remplissant pas les critères, et qui représentaient un tiers de la production visée par l’ensemble des projets déposés. Outre les zones de projets et les zones d’exclusion, la carte de l’éolien vaudois comprend

une vaste zone blanche, ou zone de réserve. Si l’apparition de nouveaux projets n’est pas exclue, les autorités cantonales ne s’y attendent que dans une faible mesure, comme si la conquête du territoire par les entreprises d’électricité était en quelque sorte achevée.

Avec un objectif éolien totalisant 27% de sa consommation d’électricité, Vaud se montre ambitieux, par rapport à un objectif fédéral qui est pour l’heure inférieur à 10%. Les récentes communications de la conseillère fédérale Doris Leuthard et de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) sur les voies pour sortir du nucléaire ne semblent réserver à l’échelle du pays qu’un rôle marginal à l’énergie éolienne. La conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro n’y voit pas un encouragement à s’en désengager, bien au contraire. « Avec la sortie du nucléaire, les cantons se retrouvent en première ligne produire l’énergie de substitution, souligne-t-elle. Pour Vaud, l’éolien est un volet extrêment prometteur, puisque nous disposons de ressources importantes et facilement accessibles. »

Si l’on y ajoute le solaire et l’hydraulique, les énergies renouvelables devraient couvrir la moitié des besoins selon les perspectives vaudoises.

A l’interne, le gouvernement vaudois aura peut-être de la peine à vendre une planification qui montre que tout le poids des infrastructures éoliennes doit être supporté par l’arrière-pays. Tout le pourtour du bassin lémanique est en effet « épargné. » Soit que le vent d’y souffle pas assez fort, soit que la population y soit trop dense, soit que les sites potentiels se situent dans les accès d’accès de l’aéroport de Genève.

Reste une question: quand verra-t-on tourner la première éolienne sur sol vaudois? Le canton n’avance pas de réponse précise. Le site le plus avancé est celui de Ste-Croix. En février, les habitants du village ont prononcé un petit oui aux six turbines prévues par Romande Energie. Le permis de construire et le plan d’affectation cantonal ont suscité des oppositions qui sont en cours de traitement. Des recours en justice sont possibles jusqu’au Tribunal fédéral.