SCIENCE

Les EPF comptent planter leur drapeau à Singapour et dans les Emirats

L'Ecole polytechnique de Zurich négocie l'installation d'un campus à Singapour, aux frais de la cité-Etat. L'EPFL envisage plusieurs pistes de «campus offshore», dont Dubaï. Très courues, ces initiatives ne manquent pas de risques.

Des bonds en avant dans leur présence à l'étranger: c'est ce que préparent les écoles polytechniques fédérales pour l'année académique qui s'ouvre. Tandis que l'EPFZ devrait prochainement conclure un accord pour l'installation d'un campus à Singapour, sa consœur de Lausanne discute, entre autres, avec Dubaï. Des démarches très en vogue parmi les hautes écoles occidentales, qui ne sont pas sans risques.

L'EPFZ est déjà alliée à l'Université technologique Nanyang de Singapour autour d'un centre dédié au développement durable et à des thématiques telles que la santé, l'eau ou les villes de demain. Il sera logé dans un bâtiment «zéro énergie» édifié sur un nouveau campus, «Create», que Singapour compte ouvrir en 2010.

La cité-Etat voit plus grand, puisqu'elle envisage une antenne des EPF sur son territoire, déjà baptisée «campus ETH Singapour» à Zurich - Lausanne y est néanmoins associée. L'Etat hôte devrait mettre à disposition un terrain ainsi que les bâtisses nécessaires à cette extension, le tout à ses frais. Plusieurs dizaines de professeurs venus de Suisse y séjourneraient, selon des modalités que les parties négocient.

Au Conseil des EPF, on se montre laconique, signalant que les responsables sont «en pleins pourparlers». Vice-président de l'EPFZ chargé de la recherche, Peter Chen ne veut rien dire «qui puisse affecter les négociations», tout en relevant que «Singapour est un acteur de valeur, proche de la Suisse à bien des égards. Dans plusieurs domaines, les deux partenaires peuvent apporter non seulement des ressources, mais des expertises scientifiques.»

L'EPFL nourrit aussi ses ambitions de «campus offshore», qui «font partie des perspectives stratégiques de toutes les grandes universités», indique-t-on à la direction. Vice-président à la valorisation et l'innovation jusqu'à fin août, Jan-Anders Månson est chargé de ces prospections. Selon nos sources, une hypothèse porte sur Dubaï, parmi plusieurs pistes, peut-être un autre émirat. Dans cette région, Abu Dhabi fait preuve d'un activisme certain en matière de formation et de culture. L'Emirat a capté la Sorbonne, dont la filiale entame ces jours sa troisième année. Dubaï, de son côté, a déjà signé un accord avec l'Université de Lyon II.

Négociations délicates

Les responsables se montrent d'une grande prudence car les négociations sont délicates, notamment à propos des aspects légaux et de propriété intellectuelle, ainsi que sur le financement. Des échecs jalonnent déjà cette nouvelle phase de la mondialisation de la science. Début 2005, le conseil du Media Lab Europe mettait un terme à une aventure entamée à grand fracas cinq ans plus tôt. Ce laboratoire de prestige du Massachusetts Institute of Technology (MIT) avait ouvert, à Dublin, sa filiale européenne grâce au soutien appuyé de l'Irlande. Le fiasco a été total, avec à peine 24 articles scientifiques publiés, des professeurs évanescents et une pression financière accrue sur le gouvernement irlandais.

Un échec à Singapour

En janvier dernier, Singapour renonçait elle aussi à un lien de huit années avec l'Université américaine John Hopkins. Car le projet, en principe un partenariat, s'est révélé être à sens unique au niveau des financements, Singapour ayant injecté quelque 64 millions de francs sans grande contrepartie...

La cité-Etat ne renonce pas pour autant. En janvier, elle s'attirait, à grands frais, le label du MIT en créant une coentreprise axée sur le transfert de technologie et la création de start-up dans les domaines des maladies infectieuses et de l'environnement. La Fondation nationale singapourienne pour la recherche met sur la table 425 millions de francs, sur cinq ans, pour réaliser cette opération.

Une fois les pourparlers terminés, l'EPFZ se réjouit d'être la deuxième université au monde, après le MIT, à conclure un accord comparable sur le plan institutionnel - l'ampleur de l'effort financier du côté de Singapour reste encore à découvrir.

Les Etats hôtes s'attirent ainsi les labels de prestige des écoles les plus cotées, leurs chercheurs, leurs réseaux. Et les diplômes communs permettent aux étudiants locaux de profiter d'un séjour dans l'université partenaire sans obstacles administratifs.

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