Vaud

Epuisée, Géraldine Savary jette l’éponge

Sous le feu des critiques depuis plusieurs mois à cause de sa proximité avec le multimilliardaire Frederik Paulsen, la Lausannoise a créé la surprise en annonçant son retrait du Conseil des Etats en 2019. Le Parti socialiste perd l’une de ses figures

C’est un séisme politique en terre vaudoise. Laminée par plusieurs mois de polémiques autour de ses liens avec le multimilliardaire suédois Frederik Paulsen, la conseillère aux Etats Géraldine Savary a créé la surprise ce mardi en annonçant qu’elle renonçait à solliciter un nouveau mandat aux élections fédérales de 2019. De même, elle quittera dès le mois prochain son poste de vice-présidente du Parti socialiste suisse.

C’est amaigrie, le visage fermé et les yeux embués que Géraldine Savary s’est présentée devant les journalistes ce mardi après-midi lors d’une conférence de presse organisée à la dernière minute dans un restaurant de sa ville de Lausanne. «Je croyais être une politicienne en titane, je croyais être plus forte, a-t-elle confié lors d’une prise de parole très émotionnelle. Je n’ai plus la force nécessaire pour mener de front mon mandat et une nouvelle campagne électorale. Je dois préserver ma santé, mes enfants et ma famille politique.»

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Bien que «longuement mûrie depuis plusieurs semaines», la décision de se retirer de la scène politique peut apparaître précipitée. Mais la pression sur les épaules de la parlementaire était devenue trop forte. Pression médiatique en premier lieu. Les révélations se sont en effet succédé en rafale ces dernières semaines, tout d’abord concernant les voyages que Géraldine Savary a effectués en Sibérie en compagnie d’autres personnalités romandes et de Frederik Paulsen, patron de la firme pharmaceutique Ferring basée à Saint-Prex, officiant également en tant que consul général honoraire de la Fédération de Russie.

«Harcèlement médiatique» dénoncé

La presse s’est ensuite fait l’écho d’un séjour en Andalousie, à Grenade, offert à la sénatrice par le même milliardaire, qui a aussi contribué financièrement à son comité de campagne commun avec le Vert Luc Recordon: 8000 francs en 2011, puis 10 000 francs en 2015. Un «harcèlement médiatique» dénoncé ce mardi par Frederik Paulsen lui-même dans un communiqué. «Le débat public perdra une femme brillante et une représentante dynamique», a-t-il précisé.

Mais la charge des médias n’est pas tout. La proximité de Géraldine Savary avec un riche homme d’affaires au bénéfice d’un forfait fiscal – principe combattu par la gauche – et proche du régime autoritaire de Vladimir Poutine crispe depuis longtemps au sein d’un Parti socialiste soucieux de transparence. Avec les dernières révélations, l’exaspération est montée d’un cran à l’interne, en particulier au sein de l’ancienne garde. Récemment, des figures telles que Michel Béguelin et Marlyse Dormond, ou l’ex-syndique de Lausanne Yvette Jaggi, sont sorties de leur réserve pour critiquer publiquement leur camarade.

Don de 7000 francs «omis»

Le point de rupture a peut-être été atteint lorsque la direction du Parti socialiste a appris que Géraldine Savary avait omis de l’informer que son comité de campagne avait, lors des élections fédérales de 2011, reçu un montant supplémentaire de 7000 francs lors du second tour des Etats. Contrairement à ce qui avait été prétendu officiellement, la totalité des dons versés par Frederik Paulsen dépassait la limite autorisée par le règlement interne du parti. Un «oubli» qui a dû peser lourd. Ces erreurs, Géraldine Savary les reconnaît. «Je les assume et j’en prends toute la responsabilité, a-t-elle relevé lors de la conférence de presse. Tout cela égratigne mon image et celle de mon parti, j’en suis profondément désolée.»

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Avec ce retrait, le Parti socialiste perd l’une de ses locomotives électorales et une figure de premier plan au niveau national. En 2020, l’indétrônable sénatrice était censée présider la Chambre haute, honneur qui n’était plus revenu à un Vaudois depuis 1988 et le libéral Hubert Reymond. Le nom de Géraldine Savary était aussi régulièrement cité parmi les possibles prétendants à la succession du Fribourgeois Alain Berset au Conseil fédéral. Des ambitions aujourd’hui réduites en miettes.

Origines ouvrières

Née Fribourgeoise à Bulle dans un milieu modeste, Géraldine Savary portait ses origines ouvrières en étendard. Elle a connu une carrière politique fulgurante portée par la génération dorée du Parti socialiste lausannois, aux côtés de Pierre-Yves Maillard, Solange Peters ou Grégoire Junod, l’actuel syndic de Lausanne devenu son mari. En 2003, elle accède à 35 ans au Conseil national. Elle devient alors l’une des toutes premières parlementaires à être élue en étant enceinte, bousculant un hémicycle empreint d’un certain conservatisme.

Quatre ans plus tard, Géraldine Savary effectue une entrée fracassante au Conseil des Etats avec le stratosphérique score de 88 000 voix. Elle est alors «l’ange qui a terrassé la droite», selon le titre d’un portrait que lui consacre le magazine L’Hebdo. Elle est la chouchou des médias, intouchable. A-t-elle été grisée par cette ascension au point de ne pas voir le potentiel de nuisances d’une amitié avec un riche homme d’affaires? Et ceci malgré certaines mises en garde de son parti. En 2012, ainsi, plusieurs articles, dont l’un du quotidien La Liberté, intitulé «La balade russe de Géraldine Savary», mettait déjà le doigt sur ses périples en Sibérie en compagnie de personnalités marquées à droite.

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L’automne prochain, la sénatrice vaudoise quittera Berne après avoir siégé durant seize ans sous la Coupole. «Je n’imaginais pas que les choses se termineraient de cette manière-là, a conclu Géraldine Savary, très affectée. Mais il faut accepter que ce que la vie vous donne, elle peut aussi vous le reprendre.»

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