Turquie

Erdogan furieux après la campagne du «Blick» sur la réforme constitutionnelle

Le «Blick» a appelé lundi les Turcs à voter contre la réforme constitutionnelle voulue par Recep Tayyip Erdogan. Le président turc a dénoncé la Une du quotidien alémanique lors d’une interview télévisée. Il exige des excuses

Le «Blick» ne s’attendait pas à une réaction aussi vive. Recep Tayyip Erdogan a brandi lundi à la télévision turque la Une du quotidien alémanique, qui appelle les Turcs de Suisse à rejeter la réforme pour renforcer les pouvoirs du président. Avec ce titre rédigé en deux langues: «Votez non à la dictature d’Erdogan.»

Recep Tayyip Erdogan exige des excuses. Une réclamation affichée en une du Blick ce mardi. «Le papier n’est pas mort! «Le Blick» a un nouveau lecteur», plaisante le rédacteur en chef adjoint du titre, Andreas Dietrich, sur Twitter.

Les autorités turques avaient déjà dénoncé un manque de respect de la part du journal suisse. «Nous attendons en outre que des mesures soient prises pour réparer les propos irrespectueux à l’égard de notre président», indiquait le ministère turc des Affaires étrangères, cité par l’agence dpa.

«On ne s’attendait pas à ça»

Christian Dorer, rédacteur en chef du groupe, a également réagi à ce passage télévisé. «On a été premièrement très étonnés, on ne s’attendait pas à ça, mais on est content que même le président lise le Blick. C’est clair, il nous a critiqués et essaie de dire dans son pays que tout le monde est contre lui et maintenant même la Suisse», explique-t-il à la RTS. Il ajoute qu’il n’est pas question de donner suite à la demande de réparation du président turc. «Non, évidemment pas, chez nous au contraire de la Turquie, on a la liberté d’expression.»

Lire aussi: La campagne du «Blick» sur la réforme constitutionnelle agace les Turcs de Suisse

Dans son édition de lundi, le «Blick» rappelle que le chef de l’Etat turc organise depuis quelques mois une tournée de propagande électorale dans plusieurs pays européens pour récolter des voix auprès des quelque trois millions de Turcs vivant à l’étranger.

Le vote aura lieu le 16 avril, en Turquie. Selon le Consulat général de Turquie à Genève, environ 130 000 Turcs vivent en Suisse, dont 94 000 ont le droit de vote.


Thomas Stadelmann, juge fédéral: «C’est un bouleversement massif du système démocratique»

C’est une prise de position rare. Dans une interview au «Blick», Thomas Stadelmann dénonce la réforme constitutionnelle voulue par Recep Tayyip Erdogan. «C’est un bouleversement massif du système démocratique, dénonce le juge fédéral, en poste depuis 2009. En l’espace de deux ans, Erdogan a anéanti 200 ans d’acquis démocratiques en Europe.»

Cette réforme vise à renforcer les pouvoirs du chef de l’Etat turc. «Avec ce changement institutionnel, tout le pouvoir reposera sur le président. Si la réforme est adoptée, Erdogan pourra nommer des ministres, dissoudre le Parlement et exercer une influence plus directe sur le pouvoir judiciaire», détaille le juge (PDC) au quotidien alémanique.

Membre de l’Association suisse des magistrats de l’ordre judiciaire, Thomas Stadelmann s’inquiète du sort de ses homologues turcs. «Environ un tiers des juges et des procureurs se trouve déjà derrière les barreaux ou ont été révoqués». Une situation particulièrement préoccupante: «Je me fais de grands soucis pour six collègues turcs. Ils ont été incarcérés et tout contact avec eux est impossible. Nous n’avons aucune idée du lieu où ils se trouvent et dans quelles conditions ils sont détenus.»

Une prise de parole qui survient en pleine crise diplomatique. «Je sais que mes déclarations sont délicates. Mais je ne pouvais plus garder le silence», affirme-t-il. 

 

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