Suisse

Erhard Lorétan est inculpé pour homicide par négligence

Fribourg. Le célèbre alpiniste est soupçonné d'être responsable de la mort de son enfant, âgé de sept mois

Toute la Gruyère est sous le choc. L'une des personnalités les plus populaires de la région, l'alpiniste et guide de montagne Erhard Lorétan, vient d'être inculpée pour la mort de son bébé de sept mois, survenue le 25 décembre dernier. Un communiqué du juge d'instruction Jean-Luc Mooser a annoncé la nouvelle mercredi après-midi.

Le 23 décembre, excédé par les pleurs continus du nourrisson, le vainqueur des 14 plus hauts sommets du monde, ne parvenant plus à contrôler ses nerfs, l'aurait secoué pour le faire taire. Voyant que le bébé avait perdu connaissance, le père appela des secours.

Une ambulance a été la première sur les lieux. Les secouristes ayant constaté la gravité du traumatisme, c'est finalement un hélicoptère qui est venu évacuer la victime vers le Kinderspital de Berne. Malgré les soins administrés, les graves lésions au cerveau ont été fatales au bébé. Sa naissance avait déjà été difficile. Né prématurément, il avait passé plusieurs jours en couveuse. Selon une connaissance du couple, le père n'aurait reconnu son enfant qu'après un test ADN. Soupçonnant une maltraitance, le personnel hospitalier n'a pas tardé à avertir la justice. Une enquête a été ouverte par le juge d'instruction Jean-Luc Mooser, qui a ordonné une autopsie. L'Institut médico-légal de Lausanne a confirmé les causes de la mort. Placé en détention préventive pour les besoins de l'enquête, Erhard Lorétan, qui a reconnu les faits, a été libéré depuis. Il est inculpé d'homicide par négligence. Thierry Bron, pédiatre généraliste à Bernex, près de Genève, donne quelques éléments d'explication pour comprendre le degré de résistance à un choc d'un enfant de l'âge de la victime: «A sept mois, le bébé tient déjà relativement bien sa tête. Mais jusqu'à une année environ, les muscles du cou restent fragiles et il est difficile pour lui de les contrôler. Il n'est donc pas nécessaire de l'agiter beaucoup pour que son cerveau se déplace, provoquant ainsi des déchirures vasculaires dont il gardera des séquelles, une éventuelle hémorragie cérébrale pouvant même être fatale. Cela dit, il m'est impossible d'évaluer le niveau de violence qu'il faut pour provoquer la mort d'un bébé.» Reste à savoir si un tel acte, dans la mesure où il est perpétré dans des circonstances d'énervement extrême, peut être considéré comme un geste de maltraitance ordinaire. «Il s'agit évidemment de violence grave», affirme encore le spécialiste. «Même si l'on constate que les parents qui se défoulent ainsi sur leur nourrisson le font, justement, pour éviter de le battre. On peut affirmer que, sans être fréquent, ce type d'accident arrive régulièrement en Suisse.» Cette tragédie a bien sûr bouleversé l'entourage d'Erhard Lorétan. Une connaissance parle de l'alpiniste comme de quelqu'un «de solitaire et d'intérieur, presque frustre parfois. Il ne se confie que très rarement. Seule la montagne lui donne l'occasion de se livrer, de parler du fragile équilibre entre la vie et la mort sur les cimes himalayennes. Son geste est totalement déroutant, vu son calme olympien dans les situations les plus extrêmes. Mais peut-être qu'il n'était tout simplement pas fait pour cette vie de père, lui qui suit les lois impitoyables de la montagne». Le geste d'Erhard Lorétan, homme déterminé, capable de résister durant des heures à des efforts surhumains, est «inexplicable» pour ceux qui le côtoyent.

Publicité