Provins, première coopérative viti-vinicole et plus grande entreprise du Valais, cherchait un directeur général. Dans le canton, on parlait beaucoup pour cette fonction du socialiste Jean-Noël Rey, l'ex-patron de La Poste. Mais c'est finalement le Genevois Eric Lehmann qui a été choisi. Le conseil d'administration voulait une personnalité d'envergure nationale à la tête de sa société et il l'a trouvée: Eric Lehmann, 54 ans, est président de la SRR depuis 1992 et a été reconduit en janvier à ce poste par le Conseil fédéral. Malgré l'importance des enjeux liés à la nouvelle loi fédérale sur la radio et la télévision actuellement en cours de consultation, le nouveau patron de Provins compte mener ses deux mandats de front. Ce dédoublement de casquettes ne l'inquiète pas outre mesure, cet exercice n'étant pas nouveau pour lui: parallèlement à ses activités au sommet de la SSR, il a dirigé la radio-télévision du Kosovo entre septembre 1999 et juin 2000.

En Valais, la nomination d'Eric Lehmann a surpris, et même interloqué. Car le nouveau patron de Provins est à la fois extérieur au canton et au monde de la vigne et du vin. S'il a établi en 1995 un de ses domiciles sur le Haut-Plateau valaisan, à Lens, il reconnaît lui-même n'avoir aucune compétence dans le domaine viti-vinicole. Comme il le raconte, ce sont des chasseurs de tête qui sont venus le chercher. Président du conseil d'administration de Provins, Ambroise Briguet explique que sa société avait avant tout besoin d'une personnalité excellant dans la communication, outre des compétences dans la gestion d'entreprise. Ancien présentateur du Téléjournal devenu rédacteur en chef de La Suisse en 1986 puis directeur commercial de la Tribune de Genève en 1991, Eric Lehmann répondait à ces exigences.

«Si j'ai accepté ce poste, explique Eric Lehmann, c'est d'abord parce que la mutation culturelle que doivent réussir les vignerons me fascine.» La difficulté de cette réforme est apparue publiquement dans toute son ampleur en novembre dernier avec la démission contrainte de Jean-Marc Amez-Droz, qui dirigeait Provins depuis huit ans. La volonté de ce spécialiste du monde viti-vinicole à imposer une production axée sur la qualité plutôt que sur la quantité avait conduit une partie des sociétaires de la coopérative à se rebeller. Alors que la libéralisation impliquant l'ouverture des marchés à la production étrangère est entrée en vigueur le 1er janvier, Provins, qui couvre 25% de la production cantonale, ne pourra que relancer une restructuration timidement entamée. Eric Lehmann devra convaincre les sociétaires de la nécessité de cette restructuration, et redorer une image de marque de Provins passablement ternie.