Suisse

Eric Lehmann préfère être commandant de la police vaudoise plutôt qu'encaveur en Valais

Valais/Vaud. L'ancien journaliste n'aura passé que dix-huit mois à la tête de la coopérative Provins. Sollicité par le Conseil d'Etat vaudois, il prendra la tête de la police cantonale tout en restant momentanément président de la SSR

Eric Lehmann, 55 ans, sera dès le 1er octobre prochain le nouveau commandant de la police cantonale vaudoise. Cette nomination annoncée mercredi par le Conseil d'Etat vaudois a fait l'effet d'une bombe, d'autant que le secret avait été bien gardé, même à l'intérieur de la maison. En sus, cet ancien journaliste, reconverti dans la promotion des vins valaisans en avril 2001, ne pouvait guère invoquer un passé lié de près ou de loin à la pratique policière.

Le poste avait été mis au concours à fin janvier pour remplacer Pierre Aepli, qui part à la retraite à fin septembre. Une douzaine de personnes ont postulé. Mais, comme le reconnaît Jean-Claude Mermoud, chef du Département de la sécurité et de l'environnement, la mise au concours a connu deux phases, l'une avec des candidatures spontanées, qui n'ont pas donné satisfaction, l'autre par la recherche active de l'homme providentiel.

Eric Lehmann a été pêché dans ce deuxième temps: «Je n'ai pas répondu à une annonce. Quand les chasseurs de têtes m'ont téléphoné, je suis d'abord resté dubitatif, puis mon intérêt a grandi.»

Sans aucun cursus policier et avec une carrière à rebondissements, Eric Lehmann pourrait craindre de manquer de légitimité vis-à-vis de ses subordonnés: «Incontestablement, le risque existe, admet-il. Mais c'est ce qui fait aussi l'intérêt du défi. Je suis appelé surtout pour un travail de direction générale avec près de 1000 collaborateurs.»

Dans son communiqué, le Conseil d'Etat vaudois dresse un portrait élogieux, mais qui sonne un peu creux: «Un patron d'entreprise chevronné, apte à obtenir des résultats efficaces, y compris dans des situations de crise. Il allie vision et sens tactique et est particulièrement intéressé par le domaine de la sécurité où il souhaite apporter sa contribution par des idées novatrices et constructives.»

Secret des délibérations oblige, on ne saura pas si le nouveau venu a fait l'unanimité: «La décision a été prise et elle est collégiale», se plaît à relever l'UDC Jean-Claude Mermoud. Le Conseil d'Etat in corpore a pris la peine d'auditionner le candidat: «Nous avons retenu ses capacités de management, son autorité naturelle et sa facilité de contact.»

Cette nomination, la première d'importance pour le nouvel exécutif vaudois, n'en reste pas moins entachée d'un soupçon de proximité politique. Eric Lehmann ayant été un des concepteurs de l'UDC genevoise au milieu des années 80. Il rejette l'étiquette qu'on veut lui coller depuis: «A l'époque, sollicité par Adolf Ogi qui était et reste un ami, nous avons mené une réflexion pour savoir si l'implantation de ce parti était possible à Genève. J'ai aussi fait un travail d'audition ou de réflexion pour d'autres formations. En fait, je n'ai jamais milité dans un parti.» Jean-Claude Mermoud réfute tout procès d'intention: «Eric Lehmann m'a fait part de ses idées de centre droit, mais il n'a jamais dit qu'il était UDC.» Et de préciser: «Ce sont ses capacités de management et stratégiques qui ont motivé le choix. Il nous fallait quelqu'un au-dessus de la mêlée.»

Avec cette nomination surprenante, les perdants sont les administrateurs de Provins qui comptaient sur la notoriété et la puissance de marketing de leur nouveau directeur, nommé seulement en avril 2001. Le président de la coopérative valaisanne, Ambroise Briguet, ne cache pas une certaine déception: «Nous avons eu connaissance lundi de sa nomination. Il est clair que nous sommes déçus car il représentait la direction de la société dans une optique à long terme. On comptait sur lui. Mais on le comprend. C'est un poste qui ne se présente qu'une fois. Son départ ne remet cependant pas en cause le travail qu'il a effectué durant l'année écoulée, qui a mis Provins sur de nouveaux rails.»

A propos de son passage éclair en Valais, Eric Lehmann ne cache pas qu'il a dû faire un choix difficile: «J'ai été confronté à un profond dilemme et ressens une déchirure car je suis très attaché au Valais et aux personnes avec lesquelles j'ai travaillé.» Le conseil d'administration de Provins devra donc trouver un nouvel homme fort pour reprendre la direction de la centaine d'employés de la coopérative, qui recense 5200 sociétaires.

Quant à la présidence de la SSR, Eric Lehmann a eu un contact mercredi avec le conseiller fédéral Moritz Leuenberger. Pour des raisons évidentes d'incompatibilité, il devrait quitter ce poste à la fin de 2002 ou au début de 2003. Le temps de lui trouver un successeur.

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