Genève

Eric Stauffer: «C’est Mauro Poggia qui a le plus à perdre»

Après avoir annoncé sa démission avec effet immédiat, Eric Stauffer joue une dernière carte. Il tente de l’expliquer… avant d’écourter l’interview

Quatre jours après avoir perdu la présidence du MCG au profit d’Ana Roch et annoncé sa démission «avec effet immédiat» de tous ses mandats, Eric Stauffer remonte au front. En moins de deux mois, le cofondateur du parti populiste aura successivement annoncé son retrait progressif de la vie politique, puis son retour pour un an, puis sa démission pour de bon, avant de décider de jouer une dernière carte.

Comme l’a révélé la Tribune de Genève sur son site internet, Eric Stauffer a écrit mardi à «son» conseiller d’Etat Mauro Poggia pour l’inviter à faire un choix. «Soit tu fais allégeance […] aux traîtres, soit tu tapes du poing sur la table et nous reprenons le contrôle!», lui a-t-il écrit, en soulignant que «tout est possible» jusqu’à la prochaine séance plénière du Grand conseil. Faut-il s’attendre à un retour en grâce du «lider maximo»? Tentative d’interview.

Le Temps: Les péripéties d’Eric Stauffer deviennent difficiles à suivre. Vous démissionnez du MCG et du Grand Conseil, oui ou non?

Eric Stauffer: Il vous manque un élément. Dès que j’ai annoncé que je démissionnais, vendredi soir à l’issue de l’assemblée, un petit comité s’est monté, réunissant des ténors du parti, dont Mauro Poggia. Ce dernier m’a demandé d’attendre jusqu’à mercredi et nous nous sommes rencontrés dimanche soir. Il est apparu dans l’intervalle qu’il y avait eu des irrégularités, ou des manipulations: tous les membres du parti – y compris des conseillers municipaux – n’avaient pas reçu de convocation pour l’assemblée de vendredi.

Le petit comité dont je vous parle m’a dit que dans ces conditions, il n’acceptait pas ce qui s’était passé. Et Mauro Poggia m’a assuré qu’il allait remettre de l’ordre. Lundi, il a rencontré Ana Roch et Roger Golay. De cette rencontre est ressortie une composition inacceptable pour moi: Ana Roch acceptait de se retirer, Roger Golay gardait la présidence pour un an et l’aile gauche du parti restait au comité directeur. J’ai dit que dans ces conditions, ce serait sans moi. Mais à ce jour, je n’ai pas encore formellement démissionné.

- Qu’attendez-vous précisément de Mauro Poggia quand vous lui demandez de «taper du poing sur la table»?

- C’est lui qui a le plus à perdre dans cette histoire. Avec un parti en déliquescence derrière lui, il peut d’ores et déjà faire une croix sur un deuxième mandat et rouvrir une étude d’avocat. Or le seul qui conserve une crédibilité, c’est lui. Donc il a le choix: soit il se rallie à la nouvelle présidence, soit il n’accepte pas les manipulations, le fait savoir et soutient une demande d’invalidation, en justice, de l’assemblée de vendredi soir. Dans ce cas, nous organisons en parallèle une assemblée extraordinaire pour gagner du temps, on va de l’avant et je reprends la présidence pendant une année, le temps qu’un leader émerge.

- Sauf votre respect, ce leader ne s’appelle-t-il pas Ana Roch, depuis vendredi soir?

- Vous plaisantez! Vendredi soir, je lui ai laissé le choix de prendre la parole en premier ou après moi. Elle a choisi de parler après moi. J’ai fait un discours conciliant, en disant que je me mettais à la disposition du parti pour un an, pour préparer la transition et faire profiter la formation de mon expérience et de mon réseau. Quand son tour est venu de parler, elle a lu un texte qui avait été préparé pour elle, en total décalage avec ce que je venais de dire, totalement à côté de la plaque. C’est cela qu’on attend d’un leader? Quelqu’un qui lit un texte préparé à l’avance pour elle? Ce n’est pas sérieux.

- Le MCG se profile depuis sa création comme le parti qui combat les magouilles et les arrangements de «petits copains». Et vous nous parlez aujourd’hui d’un «petit comité de ténors», censé «taper du poing sur la table» pour «reprendre le contrôle» après un vote en assemblée générale. N’y a-t-il pas une petite contradiction?

- Cette question est débile! Je vous ai expliqué qu’une vingtaine de personnes au moins n’avaient pas reçu de convocation avant cette assemblée, qui était donc au minimum entachée d’irrégularités. Moi-même je n’ai pas été convoqué. Maintenant si vous ne voulez pas le comprendre et que vous cherchez à nous discréditer, nous n’avons plus rien à nous dire! Bonne fin de journée [Eric Stauffer nous raccroche au nez].

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