Eric Stauffer promet le ciel à ceux qui voteront pour lui

Genève Le leader du MCG a écrit une lettre personnelle à tous les résidents d’Onex, une opération qui lui a coûté 13 000 francs

Vaincu ne figure pas dans le vocabulaire d’Eric Stauffer. Malgré ses faibles chances, selon son propre aveu, de sauver son siège le 10 mai prochain, le bouillant maire d’Onex du Mouvement Citoyens genevois (MCG) est passé à l’offensive. En emballant sept promesses dans autant d’enveloppes que sa commune compte d’habitants.

Tous les résidents d’Onex ont donc reçu une lettre personnelle, leur enjoignant en ces termes de voter pour lui: «Mes alliés, c’est vous! Notre union c’est notre force.» Le coût de l’opération? «Compte tenu du délai très court entre les deux tours, je n’ai eu d’autre choix que d’envoyer ces lettres en courrier A, 1 franc la pièce», répond Eric Stauffer. La commune comptant 13 000 votants, la somme n’est pas négli­geable. «Je me devais de le faire vis-à-vis des électeurs qui ne comprennent pas qu’en ayant réalisé le meilleur score individuel, je ne passe pas. A cause de l’alliance contre nature des socialistes, des Verts, du PDC et du PLR qui font liste commune contre moi.»

Listes électorales achetées

L’opération peut surprendre, elle est parfaitement légale. Le service des votations a en effet informé les partis de la possibilité d’acheter les listes électorales des communes à l’Office cantonal de la population. Deux cents francs seulement, croit se souvenir le candidat à sa réélection. S’il en est un qui devait saisir sa chance, c’était évidemment le maire MCG recalé. Mais ce qui choque ses ­adversaires, c’est la méthode, jugée carrément «antidémocratique» par Carole-Anne Kast, conseillère administrative socialiste: «Eric Stauffer n’a aucun scrupule à faire croire à la population des choses fausses. Si l’Etat nous permet d’acheter ces listes, c’est pour informer et non pour mentir. Le fait d’être élu ne lui donne pas ce droit.»

En cause, selon l’élue, deux promesses impossibles à tenir: rendre les parkings gratuits pour les Onésiens, qui est du ressort du canton, et imposer à La Poste de livrer à nouveau le courrier dans les étages des immeubles. Mais ce qui paraît impossible aux uns ne l’est pas pour le leader du MCG: «Même si les parkings sont une affaire cantonale, il y a plusieurs moyens d’atteindre mon objectif. Celui que je privilégie, c’est de convertir les zones bleues en zones blanches, uniquement sur le réseau routier communal, comme dans la ville de Lucerne, avec des horaires très restrictifs. Sauf pour les titulaires d’un abonnement qui pourront stationner gratuitement 24 heures sur 24, c’est-à-dire tous les résidents onésiens à qui la commune offrirait un abonnement annuel.» Une opération blanche financièrement, insiste-t-il.

Mourir les armes à la main

Un autre moyen aurait été que la commune rembourse le prix des macarons payés par les Onésiens à la Fondation des parkings. Mais à 800 000 francs l’opération, on comprend que le candidat ne s’y attarde pas. Et comment compte-t-il s’y prendre pour faire plier La Poste suisse, qu’on imagine peu sensible aux caprices d’une commune genevoise? «Nous allons déposer une pétition à Onex, munie de plusieurs milliers de signatures, et la lancer au niveau cantonal.» Que bien d’autres s’y soient déjà cassé les dents ne le dissuade pas: «Tout le monde connaît mon énergie. Et si on ne fait pas plier La Poste, on installera une plate-forme de bénévoles pour faire le relais auprès des personnes âgées et à mobilité réduite.»

Sur la dernière ligne droite, Eric Stauffer aura tout tenté, dans tous les registres. Même le cocasse, même le mélodramatique: «Au MCG on meurt les armes à la main, mais en nous mobilisant, rien n’est impossible!» publiait-il sur Facebook il y a quelques jours.