Genève

Eric Stauffer, le retour d’une pièce d’artillerie

Eric Stauffer joue son avenir politique… devant le comité directeur de l’UDC. Deux scénarios possibles pour l’infatigable bateleur: la création d’un nouveau parti ou un retour à l’UDC. Avec, dans les deux variantes, le spectre d’une candidature au Conseil d’Etat

Si d’aventure quelqu’un en doutait encore, la réponse est non: Eric Stauffer ne s’est pas résigné. A tout juste une année des élections cantonales, l’inépuisable bateleur de la politique genevoise prépare le terrain de la reconquête. Loin du MCG – ce parti qu’il a créé mais qui l’a désavoué, et dont il a claqué la porte – c’est dans la cuisine de son ancien parti, l’UDC, que se joue la partie. Le comité directeur de la section genevoise doit se prononcer la semaine prochaine sur l’opportunité d’entendre Eric Stauffer à sa demande, a appris Le Temps.

Lire cet épisode: Eric Stauffer échoue à démissionner

… puis sa conclusion: Eric Stauffer démissionne pour de bon

L’UDC a déjà refusé son adhésion une fois

Entendre Eric Stauffer, pourquoi? «Pas de commentaire», répond l’intéressé, qui ne fera aucune autre déclaration. Heureusement, d’autres sont bavards à sa place: «Il a souhaité que nous l’entendions pour qu’il nous explique son projet, confirme le conseiller national Yves Nidegger. S’il y a une chose qu’Eric Stauffer n’abandonne pas, c’est la politique. Il envisage de créer un nouveau parti, et si tel est le cas, il proposera sans doute des alliances, c’est à cela que je m’attends.»

Selon nos informations, le cas Eric Stauffer n’est pas encore inscrit à l’ordre du jour de la séance de lundi du comité directeur de l’UDC, mais la discussion aura lieu. Et promet d’être animée: en décembre, le parti a rejeté sa demande d’adhésion et décidé de ne pas l’entendre. Rouvrir le dossier, c’est réinviter l’éléphant dans le magasin de porcelaine. «Et certains ont peur, sourit Yves Nidegger. Eric Stauffer est une pièce d’artillerie. Qui peut s’avérer plus dangereuse pour le camp qui tire le boulet que pour celui qui est censé le recevoir.»

Deux scénarios

Si la perspective d’une audition du trublion – ne fût-ce que par une «délégation du comité directeur», précise un de ses membres – crispe le parti, c’est parce que deux scénarios s’offrent encore bel et bien à Eric Stauffer. Créer un nouveau mouvement comme il l’a déjà laissé entendre – et qui pourrait, selon nos sources, être une émanation genevoise de la Lega – ou réintégrer les rangs de l’UDC. Ce parti dont il avait claqué la porte en 2005 pour fonder le MCG avec le défunt Georges Letellier, et surtout avec le succès que l’on sait.

Aussi imprévisible et impulsif que soit Eric Stauffer, l’animal politique, son indéniable capacité de mobilisation et la masse de ses aficionados ne laisse personne indifférent, à une année des élections cantonales. Et le parti est divisé entre ceux pour qui ce «chef de guérilla» – le mot est encore d’Yves Nidegger – est une aubaine et ceux qui redoutent de le voir faire imploser le parti. Membre du comité directeur de l’UDC, Patrick Lussi compte parmi les premiers: «Je suis de ceux qui pensent qu’il pourrait nous apporter quelque chose, affirme celui qui a parrainé sa demande d’adhésion. Ne perdez pas de vue qu’il ne s’agirait que d’un retour à l’UDC pour Eric Stauffer et qu’il a créé le MCG quand l’UDC l’a exclu!»

Un traumatisme

L’épisode est effectivement un traumatisme: en douze années d’existence, le MCG, né d’une poignée de mains sur un parking, a largement surclassé l’UDC à Genève, reléguant le premier parti de suisse au rang de second couteau local. La crainte de voir l’histoire se répéter si Eric Stauffer devait se fâcher et préférer voler de ses propres ailes est aussi une des raisons pour lesquelles on prend garde de ne pas l’écarter à la légère.

Eric Stauffer n’ayant pas souhaité s’exprimer, il ne dira pas lequel des deux scénarios a ses faveurs. Mais le fait de le voir revenir frapper à la porte de l’UDC malgré une première déconvenue laisse penser qu’il préférerait réintégrer son ancien parti, redoute l’un de ceux qui voient cette éventualité d’un très mauvais œil. Et si personne ne souhaite exprimer ses craintes à découvert, celles-ci sont bien réelles dans le camp des sceptiques. On craint d’abord qu’il «cannibalise» le parti. A plus forte raison qu’il ne reviendrait pas seul, glisse-t-on. L’éventualité de le voir ravir, avec sa garde prétorienne, des sièges de députés UDC au Grand Conseil n’enthousiasme pas vraiment. On redoute surtout qu’il ne fasse exploser le groupe, poussant les plus allergiques au départ.

Avec ou sans Stauffer: dans quelques jours, l’UDC tranchera. Et l’enjeu est de taille: dans les rangs du Grand Conseil, la bête politique n’a pas été avare de confidences quant à son intention de briguer l’exécutif en 2018. Sous les couleurs de l’UDC, d’une Lega genevoise ou finalement pas du tout? Patience…

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