Que faire lorsque des cadres multiplient les impairs? Depuis quelques jours, la pression augmente sur la police cantonale lucernoise, et surtout sur ses hauts gradés. La hiérarchie a-t-elle voulu taire les comportements indignes de certains représentants promis à une carrière dans ses rangs?

C’est l’émission hebdomadaire «Rundschau», de la télévision alémanique, qui a mis le feu aux poudres mercredi dernier. Elle évoquait le cas de deux représentants des forces de l’ordre coupables d’attitudes douteuses face à la gent féminine. Leurs supérieurs auraient eu connaissance de ces agissements.

Sans enquête externe

Le premier de ces policiers, incorporé dans l’unité d’intervention «Luchs», aurait roué de coups sa compagne. Les événements se passent en décembre 2010, à la veille de Noël. La jeune femme agressée se précipite chez les voisins, qui appellent les forces de l’ordre.

Quatorze mois plus tard, le policier en question monte en grade. Une enquête administrative, menée par un collaborateur du Département de la justice, ­recommandait de renoncer à des mesures juridiques. La femme agressée aurait abandonné l’idée de déposer plainte. Depuis l’émission de télévision, le ­policier a été suspendu de ses fonctions.

Le second cadre aurait pour sa part eu des attitudes désobligeantes, de manière répétée, auprès d’une collègue subalterne. Début 2012, il est accusé de harcèlement sexuel. Depuis, la procédure pénale a cessé. Seule une enquête administrative, menée sous l’égide de la ministre de la Justice, Yvonne Schärli, est en cours. L’accusé est en arrêt maladie depuis le printemps 2012.

Les deux cas, dénoncés à la police par des voisins ou par les victimes elles-mêmes, n’auraient pas fait l’objet d’une enquête externe, révélait «Rundschau».

Ministre sous pression

Depuis l’émission, un troisième exemple de cadre favorisé malgré des comportements litigieux est venu pimenter une affaire devenue fort embarrassante pour le chef de la police, Beat Hensler, et pour sa supérieure, la socialiste Yvonne Schärli. Cette dernière a ordonné l’ouverture d’une nouvelle enquête administrative, placée sous son autorité. Les pressions des parlementaires, qui n’excluent pas la révélation d’autres affaires similaires, se sont déjà fait sentir.

Mercredi, à l’occasion d’une conférence de presse du gouvernement, rien, ou presque, n’a été avancé sur les cas précités, enquête oblige. «Pour garantir la crédibilité du corps de police et assurer la confiance qui lui est faite, nous devons réexaminer l’ensemble», a commenté la ­ministre, citée dans un communiqué. Un expert «indépendant» chapeautera ces enquêtes, ­promet-elle.

La socialiste Yvonne Schärli ne remet pas en question la confiance portée au commandant de la police, Beat Hensler. Pour l’heure du moins. Par contre, elle propose, à titre d’essai, l’ouverture d’un poste de «lanceur d’alerte», auprès duquel les policiers pourraient partager des informations en toute discrétion. Elle précise: «J’espère fortement que nos agents de police feront usage de ce canal.»