Un «vieux renard» entend-t-on à droite à propos d’Erwin Jutzet. Au gouvernement cantonal depuis 2007, le socialiste fribourgeois est parvenu à faire passer ses projets, même face à une opposition farouche. Deux retiennent particulièrement l’attention: la loi sur la justice et le déménagement du Tribunal cantonal en Basse-Ville de Fribourg.

Minoritaire avec sa collègue de parti Anne-Claude Demierre au gouvernement, il devrait bénéficier de la prime au sortant.

Accueillir les Ouïgours de Guantanamo

Il s’était fait une place au Conseil national jusqu’en 2007. Après une campagne terne en 2006, il avait été le moins bien élu au Conseil d’Etat au deuxième tour avec 28’240 voix. Il était critiqué pour son manque de maîtrise des dossiers cantonaux.

Il s’était fait une petite publicité nationale en 2009 en proposant que les deux Ouïgours emprisonnés à Guantanamo viennent à Fribourg. En vain. C’est le Jura qui les a accueillis.

Premier dossier qu’il a fait passer malgré les oppositions: la loi sur la justice. Il était critiqué par la droite et les milieux judiciaires parce qu’il ne proposait pas de modification de la structure territoriale des tribunaux. Il avait finalement gagné au Grand Conseil.

«Ces modifications viendront dans un deuxième temps, explique-t-il. Je voulais avant tout une loi pour le citoyen, une loi qui réunisse les nombreux textes actuels.» Mais son combat pour un tribunal de la famille – qui se serait occupé des divorces avec enfants – a été vain.

«En tant qu’ancien avocat, j’ai vu de nombreux divorces qui se passent mal. Dans ce genre de cas, les enfants doivent être une priorité», souligne-t-il.

Il a fâché les juges du Tribunal cantonal avec son projet de déménagement du Tribunal cantonal en Basse-Ville, dans l’ancien couvent des Augustins. Le projet faisait suite à la fusion du Tribunal cantonal et du Tribunal administratif en 2007 que certains magistrats avaient peu apprécié. Là aussi, il a gagné devant le Grand Conseil.

Surcharge de la justice

Point noir: le sous-effectif de la police de proximité devra être comblé. Il manque une trentaine de policiers sur environ 540. La surcharge des tribunaux doit aussi être corrigée.

Erwin Jutzet devra faire face au dossier de la prison de Bellechasse. Son directeur quittera l’instititution en 2012. Sa gestion était critiquée ces derniers mois, même si un audit commandé par le Conseil d’Etat estime que la prison ne connaît pas de gros dysfonctionnements.

Le Conseil de la Magristrature est aussi une institution sur laquelle Erwin Jutzet devra plancher. En créant cette instance, Fribourg souhaitait dépolitiser l’élection des juges et du Ministère public. Or les recommandations de ce collège sont rarement suivies à la lettre.