Justice

Erwin Sperisen est définitivement coupable

Le Tribunal fédéral confirme le jugement qui condamne l’ancien chef de la police du Guatemala pour complicité d’assassinats et lui inflige 15 ans de prison. L’intéressé a été arrêté jeudi dans la foulée de cette décision

Enfin. Après sept ans d’une bataille judiciaire acharnée, le Tribunal fédéral met un terme au suspense en confirmant la culpabilité d’Erwin Sperisen et sa condamnation à 15 ans de prison. Dans un arrêt de 70 pages, Mon-Repos ne trouve rien à redire à la dernière décision des juges genevois qui fait de l’ancien chef de la police nationale du Guatemala le complice d’une cruelle opération de «nettoyage social» ayant abouti à l’assassinat de sept détenus de la prison de Pavon. L’intéressé a été arrêté ce jeudi et conduit en prison afin d’éviter tout risque de fuite, a appris Le Temps.

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Il y a peu, Erwin Sperisen, binational suisse et guatémaltèque, assigné à résidence et obligé de porter un bracelet électronique depuis sa libération provisoire entre deux procès, apportait une lettre au parlement fédéral pour se plaindre des lenteurs de la justice. Il est désormais fixé mais pas dans le sens qu’il aurait souhaité. L’ancien chef de la police, surnommé «le Viking» au pays, n’a pas réussi à convaincre le Tribunal fédéral des faiblesses du jugement rendu par la Chambre pénale d’appel et de révision. Contrairement à une première décision, cassée pour appréciation arbitraire de certaines preuves, la dernière en date ne prête pas le flanc à la critique, estime Mon-Repos.

Aucune pollution

Ce verdict, rendu le 27 avril 2018, fait d’Erwin Sperisen, présent en tenue de combat sur les lieux de la tuerie, le complice de cet escadron d’hommes armés et cagoulés qui avaient semé la terreur au sein de ce pénitencier devenu trop incontrôlable. Certains de ses plus proches conseillers faisaient partie du commando. L’ex-chef de la police n’est plus (de justesse et dans le doute) présenté comme l’un des cerveaux de l’opération mais comme un complice qui était forcément au courant des horreurs qui se tramaient et n’avait rien fait pour les empêcher. Pire, il a apporté une contribution essentielle en favorisant les circonstances du passage à l’acte et en confortant les tueurs dans l’idée qu’ils pouvaient agir sans crainte.

Sur le procès: A Genève, Erwin Sperisen est déclaré un peu moins coupable

Aux yeux du Tribunal fédéral, appelé à se pencher pour la deuxième fois sur cette affaire, cette dernière décision cantonale est la bonne. Tous les arguments de la défense, représentée par Mes Giorgio Campa et Florian Baier, sont rejetés. Mon-Repos estime notamment que la motivation est désormais suffisante et que le droit à un procès équitable n’a pas été violé. Ainsi, le recourant «ne montre en aucune manière que le dossier aurait pu être pollué» par les enquêteurs de la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala, ni que les témoins auraient subi une influence massive.

La Cour suprême confirme aussi que la qualification d’assassinat — soit un homicide caractérisé par une absence de scrupules — est la bonne. Enfin, la peine de 15 ans de prison ne saurait être critiquée. Un seul point très accessoire du recours trouve grâce aux yeux de Mon-Repos. C’est à tort que les juges genevois ont refusé à Erwin Sperisen (malgré l’acquittement partiel prononcé sur un autre volet relatif à l’exécution de trois fugitifs) une indemnité pour les services de l’avocat privé qu’il a mandaté en sus de son conseil d’office. La cour devra donc revoir sa décision sur ce point en procédant à l’analyse des opérations dont le recourant demande l’indemnisation.

«Justice a été rendue»

Fidèle à sa stratégie, la défense entend désormais brandir l’innocence bafouée d’Erwin Sperisen devant la Cour européenne des droits de l’homme. De son côté, le procureur Yves Bertossa, qui a porté durant sept ans ce dossier disputé et complexe, peut se sentir soulagé: «Le Ministère public prend acte avec satisfaction de cette décision qui confirme de manière définitive la condamnation. Le Tribunal fédéral a validé le travail des autorités genevoises. Justice a été rendue.»

Pour le principal intéressé, cet arrêt est déjà synonyme d’un retour derrière les barreaux, confirment ses avocats. Les cinq ans de détention provisoire déjà subis seront déduits de la peine qui reste à purger.

Arrêt 6B_865/2018 du 14 novembre 2019

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