«Erwin Sperisen nous prend pour des imbéciles»

Genève Les avocats de la partie plaignante ont dépeint cet ancien chef de la police du Guatemala comme un guerrier cruel

Devant la justice

«Ce n’est pas en cultivant l’absurde qu’on entretient le doute.» La stratégie de défense d’Erwin Sperisen a été bien malmenée à l’heure des plaidoiries de la partie plaignante. Au nom de cette mère qui pleure son fils tué à Pavon et qui se terre désormais par crainte des représailles, Mes Alexandra Lopez et Alec Reymond ont tour à tour démoli la «fumeuse théorie du complot» et dénoncé une lâche dérobade. Selon eux, l’ancien chef de la police nationale civile du Guatemala a dirigé et voulu cette «purge immonde».

«Procès indispensable»

Les valeurs du monde civilisé traînées dans la boue, des détenus livrés à ces bourreaux des temps modernes, des hommes victimes de la cruauté et de la barbarie de quelques-uns. La justice genevoise devait-elle se désintéresser de cette lointaine cruauté? Assurément pas, relève Me Reymond. «Certains se demandent si ce procès est opportun comme si une mort injuste pesait moins lourd dans ces pays.» D’ailleurs, dans une vision moderne de la justice, poursuit l’avocat, qui dénierait aujourd’hui l’utilité des tribunaux internationaux?

Outre le fait que le for est donné en raison de la nationalité suisse du prévenu, «ce procès est juste mais aussi indispensable», ajoute Alec Reymond. Genève, bastion historique des droits de l’homme, ne peut rester insensible et se doit de délivrer le message selon lequel «il n’y a pas d’asile en Suisse pour les tortionnaires, il n’y a pas de refuge pour les assassins».

Aux yeux de la partie plaignante, Erwin Sperisen est bien un assassin et cette affaire sent à la fois le crime organisé et le crime contre l’humanité. Comment croire à la théorie de l’affrontement alors que toutes les preuves disent le contraire? Et comment croire que le chef de la police ne savait rien de ce qui se passait sur le terrain et sous son nez alors que c’était l’opération de sa carrière? «On nous prend pour des imbéciles ou alors cette défense est mission impossible.» Une défense dont Me Reymond résume les contradictions par cette phrase: «Personne n’est mort. Et d’ailleurs, je ne l’ai pas tué.»

Erwin Sperisen en guerrier montant à l’assaut, flanqué de son bras droit et fidèle ami Javier Figueroa, celui qui «a troqué sa blouse de gynécologue pour une armure de Goldorak», et toute une fine équipe cagoulée ou casquée. «En regardant cette vidéo de propagande, même un enfant de 5 ans verrait tout de suite qu’Erwin Sperisen est le chef», a lancé l’avocat. Evoquant «une mise en scène immonde où même les cadavres sont déguisés», Me Reymond a fini sur une citation du peintre Georges Braque: «La vérité existe. On n’invente que le mensonge.»

Pour ce mensonge sanglant qui laisse une mère inconsolable, les conseils réclament un tort moral de 40 000 francs. Une somme à laquelle Me Lopez verrait bien s’ajouter la réparation du préjudice propre subi par cette septuagénaire, dont l’identité, la photo et l’adresse ont été divulgués par un article de presse brandi par la défense en début d’audience. «Maintenant, tout le monde sait qu’elle est la seule à avoir eu le courage de se porter partie plaignante dans cette affaire».