Récemment, le Conseil fédéral a reconnu au Parlement que depuis début 2015, sept Erythréens avaient effectué un séjour dans leur pays d’origine. Repérés à leur retour par les gardes-frontières, ils se sont vus retirer leur statut de réfugiés par le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM).

Ces sept cas sont probablement la pointe de l’iceberg, faute de contrôles ou de preuves. Surtout que de tels séjours étant illégaux sauf autorisation spéciale, les personnes concernées passent souvent par un Etat voisin ou de transit. Mais le Conseil fédéral a aussi indiqué vouloir sévir face à ces situations. Et c’est chose faite. Il a accepté mercredi une révision de la loi fédérale sur les étrangers. Plusieurs articles seront adaptés, dont celui sur l’interdiction faite aux réfugiés reconnus de voyager dans leur Etat d’origine ou de provenance.


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Le SEM pourra dorénavant prononcer une interdiction de voyager aussi vers un autre Etat que le pays d’origine s’il soupçonne qu’il ne s’agit que d’un transit. Et il partira du principe que celui qui est retourné chez lui a renoncé d’office à son statut de réfugié en Suisse et qu’il s’est mis volontairement sous la protection de son pays d’origine. Le concerné ne conservera la qualité de réfugié que s’il peut réfuter cette présomption. Il s’agit d’un renversement de la charge de la preuve.

Les Erythréens qualifiés de réfugiés économiques par la droite

Evidemment que la loi ne concerne pas uniquement les Erythréens. Mais ce sont principalement eux qui focalisent l’attention. La droite s’acharne depuis des mois contre cette communauté qui occupe une place prépondérante dans les statistiques de l’asile. Ecartant les rapports accablants sur la situation dans ce pays, elle estime qu’il s’agit de réfugiés économiques et met la pression pour qu’ils soient renvoyés dans leur pays. Le fait qu’ils y retournent, notamment pour s’y marier, les conforte dans cette idée. Ainsi le PLR, dans une motion intitulée «Pas de voyages inopportuns à l’étranger pour les personnes admises en Suisse», fait référence particulièrement aux Erythréens. Et la révision de la loi est une réponse à cette motion ainsi qu’à une demande similaire provenant de l’UDC.

La question est politiquement sensible. Durant la dernière session parlementaire, elle a d’ailleurs fait sortir de ses gonds Didier Burkhalter suite à deux interventions, l’une du sénateur Thomas Minder, l’autre de l’ancien président du PLR Philipp Müller. Mais à y regarder de plus près, les Erythréens ne sont pas forcément au centre de la révision de la loi mise en consultation. D’ailleurs, ils ne sont pas explicitement mentionnés dans le rapport explicatif. Il faut dire que ladite révision ne concerne que les réfugiés et non pas les personnes admises à titre provisoire.

Enfin, les Erythréens ne sont pas surreprésentés dans les statistiques des réfugiés qui se sont déjà vus retirer leur statut parce qu’ils se sont remis sous la protection de leur pays d’origine. Selon les chiffres du SEM, entre 2010 et 2015, 591 réfugiés se sont retrouvés dans ce cas de figure, dont seulement 13 Erythréens. Et de rappeler que les réfugiés sont autorisés à voyager. Mais dans la grande majorité des cas, s’ils le font, ce n’est pas pour rentrer au pays mais pour visiter des proches résidant dans un autre Etat européen.