Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Des demandeurs d'asile érythréens dans un parc de Come en 2016.
© FRANCESCA AGOSTA

Migration

Les Erythréens de Suisse craignent le durcissement de l’asile

La diaspora érythréenne s’inquiète des contacts en cours entre Berne et Asmara. Elle demande à la Suisse de reconnaître que le service militaire de l’Erythrée est une forme d’esclavage

La diaspora érythréenne de Suisse est inquiète. Les conditions d’obtention de l’asile se restreignent au point, selon elle, de remettre en question les fondements du droit à l’accueil. Depuis bientôt un an, une nouvelle pratique du Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) facilite le renvoi des requérants originaires de ce pays: le seul fait d’avoir quitté illégalement l’Erythrée pour l’étranger ne suffit plus pour justifier une demande d’asile. La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), qui vient de se prononcer sur le sujet, n’a rien trouvé à redire au procédé.

Depuis l’introduction de cette nouvelle pratique, le nombre de renvois d’Erythréens est en hausse, selon des observateurs. Sans confirmer cette appréciation, le SEM n’exclut pas qu’il y ait eu plus de renvois depuis l’été passé.

La Suisse est-elle en train de devenir une forteresse pour les requérants érythréens? Après la décision de la CEDH, les ONG mettent en avant l’argument du service national dans ce pays. Selon elles, ce service obligatoire doit être assimilé à du travail forcé voire à de l’esclavage, ce que la Suisse devrait reconnaître et donc admettre comme motif d’asile.

Le service national érythréen, avec ses volets militaire et civil, a fait l’objet de nombreuses critiques, en raison de sa durée indéterminée et des conditions inhumaines qui y règnent. Le SEM ne veut pas encore se prononcer au sujet de la requête des ONG. «L’arrêt de la Cour de Strasbourg n’a pas de conséquences immédiates sur notre pratique, explique le porte-parole, Martin Reichlin. Les éventuels renvois continuent d’être examinés de manière approfondie et au cas par cas.»

L’Europe change d’attitude

L’arrêt de la CDEH sur la pratique suisse est emblématique du changement d’attitude de l’Europe face à la crise migratoire, estime Veronica Almedom, codirectrice de l’Information Forum for Eritrea, une ONG qui promeut une meilleure compréhension de la situation dans ce pays auprès de la population suisse. Plusieurs pays européens tentent en effet d’établir des relations constructives avec l’Erythrée pour résoudre le problème d’afflux de réfugiés sur le continent.

En 2016, ce pays a conclu un accord de coopération de 200 millions d’Euros avec l’Union européenne. La Suisse, elle, songe à installer une ambassade à Asmara, capitale de l’Erythrée, depuis que le Conseil national a adopté le mois dernier une motion de l’UDC en ce sens. «L’Europe a une réelle intention de trouver une solution rapide à la crise migratoire érythréenne, ajoute Veronica Almedom. Mais le fléau politique qui touche ce pays ne se réglera pas en ignorant sa réalité complexe. L’arrêt de la CEDH est une manière d’accepter les très graves violations commises dans le pays et envoie un dangereux signal aux pays autoritaires.»

Yonas Gebrehiwet, de l’Alliance médiatique érythréenne de Suisse, craint lui aussi un durcissement de la pratique d’asile en Suisse, tandis qu’au pays la situation reste inchangée selon lui: «Les autorités suisses veulent rendre l’asile moins attractif. Mais les réfugiés viennent quand même et termineront ainsi comme sans-papiers.»

Un asservissement selon l’ONU

Pour Veronica Almedom, la réponse à la problématique du service militaire est claire: «Il y a des traités et des conventions qui interdisent l’esclavage, et le service national en Erythrée remplit tous les critères définissant une telle pratique.» Un rapport de l’ONU présenté mi-juin qualifie la situation des droits de l’homme en Erythrée comme toujours préoccupante. Les Erythréens continuent d’être victimes d’arrestations arbitraires, de détention au secret, de disparitions forcées et d’un service militaire que l’ONU qualifie d’asservissement. «Je regrette de signaler que jusqu’à maintenant le gouvernement érythréen n’a fait aucun effort pour mettre fin aux violations persistantes des droits de l’homme, qualifiées de crimes contre l’humanité», a déclaré la rapporteuse spéciale Sheila Keetharuth.

Le SEM assure qu’il suit la situation, sur la base de ses propres rapports qui prennent en compte les avis de l’ONU. «Nous enquêtons sur les faits dans le pays même avec nos partenaires européens, explique Martin Reichlin. Selon le SEM, quelque 5000 Erythréens quittent leur pays chaque mois. En Suisse, ils constituent un des principaux groupes de requérants d’asile. En 2016, 5178 Erythréens ont déposé une demande d’asile, soit une baisse de 48% par rapport à l’année précédente. Depuis bientôt deux décennies, ce pays de la Corne de l’Afrique, surnommé par ses détracteurs la «Corée du Nord de l’Afrique», entretient des relations tendues avec l’Ethiopie voisine.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo suisse

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

Le Conseil national a refusé de suivre l'avis du Conseil des Etats. Celui-ci voulait réduire de moitié la facture des nouveaux gilets de l'armée suisse. Il a été convaincu par les arguments du chef du DDPS, Guy Parmelin. La question reste donc en suspens.

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

n/a