«Ici s'entraînent les meilleures troupes du monde.» Plantée à côté d'une guérite abandonnée, cette pancarte date de l'époque où l'armée française occupait encore le Fort des Rousses. C'est-à-dire jusqu'en 1997. Erigé dans le département du Jura, à quelques kilomètres de Saint-Cergue, cette forteresse devait parer à toute invasion provenant de la Suisse. Jean-Charles Arnaud qui a racheté ce fort du XIXe siècle, pour y faire affiner les meules de Comté de son entreprise à l'ombre des galeries souterraines du bâtiment, a tenu à ce que cette phrase figure toujours à l'entrée principale pour motiver les nouveaux visiteurs.

Depuis 1965 et jusqu'au départ des derniers soldats, le Fort des Rousses a été un centre d'entraînement de commandos pour les militaires français, mais aussi pour les armées membres de l'OTAN. Le PDG de Juraflore, qui a servi l'armée ici même, voulait que, malgré sa reconversion, ce lieu continue d'être un endroit où se conjuguent engagement, audace, activité physique, équilibre et maîtrise de soi. Là où des soldats s'entraînaient à la guerre dans des situations extrêmes, des familles tentent désormais de franchir un à un les obstacles d'un parcours aventure ludique.

Le Fort des Rousses Aventure, tel qu'il se nomme maintenant, propose plusieurs sites d'activités au public. Fondé sur le principe des «acrobranches», ces circuits aériens entre les arbres, le parcours aventure est implanté là où les soldats effectuaient une partie de leur stage de commando, au pied des remparts de la forteresse.

En tout, le parcours aventure est constitué de 66 obstacles à franchir. Au départ, un instructeur donne les indications qui permettront aux aventuriers d'évoluer à travers les activités proposées. Un baudrier auquel pendent deux longes surmontées d'un mousqueton, une poulie et un casque constituent l'équipement de base qui permettra d'accomplir le parcours en toute sécurité.

Une fois les ateliers d'entraînement effectués, plusieurs tracés sont possibles. Les activités sont classées selon trois niveaux de difficulté, à la manière des pistes de ski: vert pour les plus faciles, rouge, puis noir pour les plus difficiles.

Pendant près de trois heures, chacun mettra à l'épreuve ses talents d'équilibriste, sa capacité à surmonter sa peur et parfois sa force physique. L'échelle papoue, l'échelle de corsaire permettent d'accéder aux postes dans les arbres. Pour passer de sapin en hêtre, de chêne en épicéas il suffit de traverser ces ponts suspendus, ponts népalais, poutres ou ponts de singe. Les plus agiles empruntent les étriers ou se déplacent à la force des bras. Après quelques étapes franchies et l'aisance acquise, il est alors temps de profiter des points de vue splendides qu'offrent les sommets des arbres.

L'une des attractions du Fort des Rousses est sa tyrolienne, la seconde plus longue de France: 220 mètres. Pour y accéder, il faut d'abord gravir une muraille en s'aidant du filet pendu le long de la paroi. Au sommet de la tour, qui culmine à 26 mètres, difficile de rebrousser chemin. Après s'être attaché au câble avec poulie, il faut s'élancer. La vitesse de pointe atteint les 60 km/h. Dans leur installation, les soldats devaient se lâcher en vol. Là la vitesse diminue à mesure que le câble remonte. Pour éviter un choc, il faut juste se recroqueviller et se laisser amortir par les matelas épais. «Lorsque les militaires sont partis, ils voulaient dynamiter la tour qui servait de départ à leur tyrolienne, raconte Jean-Charles Arnaud. Je leur ai dit que je voulais la garder.»

Le Fort propose une autre attraction d'origine militaire: les souterrains aventure. Dans les sous-sols de la forteresse, un parcours évasion avait été aménagé pour les soldats. Sans lumière, ils devaient s'échapper de leur cellule en utilisant les canalisations, les soupiraux et autres trappes. Les aventuriers d'aujourd'hui doivent aussi trouver la sortie. Mais eux possèdent une petite lampe de poche.