«Ce n’est pas un salaud qui a volé 10 millions et les a cachés dans son jardin», a déclaré dans un entretien diffusé mardi par ArcInfo l’avocat Laurent Moreillon. Selon lui, le prévenu investissait sur le marché des devises pour une dizaine de clients, tous issus «d’un cercle d’amis et des connaissances».

Le trésorier percevait ensuite une partie des gains réalisés par ses clients à l’insu de la banque, a ajouté l’avocat. «C’est elle qui, d’une manière ou d’une autre, aurait dû les toucher, sachant qu’elle était engagée dans ce type d’opérations». Mais aucun client n’a été lésé, poursuit l’avocat. Une dizaine de clients privés ont profité d’effet de levier pour multiplier leur mise et leurs gains potentiels. Ils sont aussi prévenus dans cette enquête.

Le prévenu s’engage à rembourser

Me Moreillon souligne que ces opérations n’ont jamais été dissimulées. «A l’exception des commissions, tout était visible et comptabilisé». Son client, qui collabore à l’enquête, s’est engagé à rembourser «les montants qui seront définis», a-t-il poursuivi. Une partie de la somme est disponible. «Le reste a été dépensé dans des biens matériels aujourd’hui mis en vente afin de rembourser ce qui est dû», a ajouté le défenseur.

Outre l’escroquerie, le prévenu est accusé d’abus de confiance, de gestion déloyale, de corruption passive et de blanchiment d’argent. L’enquête devra déterminer s’il y a eu négligence de la part de la banque.

La BCN a déposé le 8 mars une plainte pénale contre son ancien collaborateur, dont elle s’était séparée l’an passé. Les agissements irréguliers s’étalant de 2013 à 2021 ont été découverts lors d’un audit interne. L’établissement avait précisé que «quel que soit le préjudice, il a d’ores et déjà été intégré dans les résultats publiés par la banque dans le passé, et aucun impact n’est attendu sur les résultats 2022».

Pas de perte comptable

Interrogé sur cette affaire au Grand Conseil, le conseiller d’Etat Laurent Kurth a déclaré que la banque a «pris cette affaire très au sérieux et a pris des mesures très rapides». Le Conseil d'Etat conserve toute sa confiance envers les organes de l’établissement, a-t-il ajouté. La FINMA a été interpellée à ce sujet.

Si les montants et les infractions sont importants, Laurent Kurth veut toutefois les mettre en rapport - sans minimiser l’importance de l’affaire - avec les fonds propres de la banque qui se montent à 900 millions de francs. «Il n’y a pas de perte comptable, seul un manque à gagner», a-t-il ajouté, tout en précisant qu’il n’y a pas eu d’impact sur la rémunération donnée à l’Etat.