Douze chefs d’entreprise de construction et deux syndicalistes d’Unia impliqués dans une vaste escroquerie à la caisse de chômage sont en détention provisoire, a indiqué mardi le Ministère public central du canton de Vaud. Les détournements ayant profité aux patrons, aux collaborateurs du syndicat et aux employés fictifs se montent selon les estimations à quelque 3 millions de francs, précise le communiqué.

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Cette affaire, qui a éclaté la semaine dernière, a fait sensation dans les milieux de la construction et des syndicats. De nombreuses interpellations et perquisitions ont été menées dans les cantons de Vaud, Fribourg et Berne. A ce stade, selon le communiqué du Ministère public, seul le premier semble lésé et rien n’indique qu’il y ait eu complicité au sein de la Caisse cantonale de chômage (CCC).

Affaire hors du commun

Dans cette affaire, hors du commun par son ampleur et le nombre des protagonistes impliqués, de nombreux travailleurs auraient été déclarés abusivement à la CCC, afin de percevoir indûment les indemnités en cas d’insolvabilité consécutives à la faillite des sociétés censées les employer.

Cette escroquerie implique de petites entreprises de ferraillage, travaillant comme sous-traitants pour les entreprises du gros œuvre, dans des métiers non spécialisés. Elle semble avoir pour cadre le contexte, connu dans la branche, des faillites multiples, ou en cascade. Prenant immédiatement ses distances, la Fédération vaudoise des entrepreneurs (FVE) avait fait valoir la semaine dernière qu’aucune des entreprises concernées ne lui était affiliée et que l’escroquerie pouvait être favorisée par des insuffisances de contrôle liées au découpage régional des offices des faillites vaudois.

Licenciements lancés

Au vu des nouveaux éléments fournis par le Ministère public, Unia a lancé une procédure de licenciement avec effet immédiat de ses deux collaborateurs, qui étaient jusqu’ici suspendus. L’un travaillait dans canton de Vaud, l’autre dans celui de Berne. Unia souligne que sa probité en tant qu’organisation n’est pas remise en cause par le Ministère public.

Co-secrétaire régional d’Unia Vaud, Pietro Carobbio s’était dit consterné par cette affaire «dévastatrice pour notre image» et prêt à collaborer pleinement avec la justice. Les deux secrétaires syndicaux interpellés, l’un dans le canton de Vaud, l’autre dans le canton de Berne, ont été immédiatement suspendus et seront licenciés si les faits sont confirmés. Il arrive régulièrement que le syndicat aide ses membres touchés par l’insolvabilité de leur entreprise à annoncer leur cas auprès de la CCC. Mais cette fraude aurait impliqué des travailleurs n’ayant jamais travaillé pour les entreprises en faillite, n’y travaillant plus voire ayant une identité fictive.

Plusieurs semaines d’analyse

L’importante saisie documentaire et informatique effectuée lors des perquisitions nécessitera plusieurs semaines d’analyse, prévient le Ministère public vaudois. Le montant définitif de la fraude ne sera connu qu’une fois que l’on aura réussi à trier les indemnités légitimement versées et les autres.