«Après des années de privation des droits politiques, je ne peux pas garantir qu'il y aura une vraie volonté de participation au lendemain du 4 mars.» Pour Pilar Ayuso, militante reconnue de la communauté espagnole, ce possible manque d'enthousiasme à aller glisser des bulletins dans les urnes s'explique notamment par le fait que Genève est un canton-ville. «Aussi les communes ont peu de compétences, beaucoup de décisions étant prises par l'Etat.» D'autre part, les membres de la communauté ont su détourner leur impossibilité à s'exprimer directement lors de votations «en faisant toujours savoir ce qui leur tenait à cœur», explique-t-elle. Cette influence n'est pas seulement le fruit des bonnes relations entretenues au fil des années avec les différentes institutions politiques du canton. Les Espagnols ont aussi pris une part active à la vie de quartier, au travers de groupements, de clubs sportifs ou encore d'associations de parents d'élèves.

Cette capacité à se manifester pour une cause ou une autre trouve sa force dans l'esprit d'union, même si chacune des régions d'origine a ses propres institutions. La crise économique a quelque peu affaibli cette communauté, qui compte encore près de 17 500 membres sur le territoire cantonal. «Supportant mal le chômage, beaucoup sont rentrés au pays après avoir passé plus d'une quarantaine d'années en Suisse, raconte Pilar Ayuso. Ils se sont ainsi retrouvés une deuxième fois en situation d'immigrés, ce qui était très difficile à vivre.» La date du 4 mars revêt quand même une grande importance pour cette militante: «En nous accordant des droits politiques, les Genevois nous offrent une véritable reconnaissance.»