Les services de renseignements militaires suisses ont infiltré le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), à son insu, durant les années 80. Les espions suisses ont profité des vols du CICR au-dessus de l'Angola, alors en pleine guerre civile, pour glaner de

l'information sur l'engagement d'équipement soviétique. Le pilote d'un avion loué par le CICR à la société d'aviation zurichoise Zimex était un agent de l'UNA, l'ex-groupe des renseignements. «L'affaire était restée secrète, confirme Edouard Brunner, alors secrétaire d'Etat au Département des affaires étrangères. Lorsque nous l'avons appris, nous nous sommes fâchés avec les militaires.» A la faveur de la guerre froide, les militaires expliquent alors que c'est pour eux la seule façon de se renseigner sur les types d'armes et de munitions utilisées par les Soviétiques, alors engagés en Angola. «Le CICR, assure Edouard Brunner, a aussitôt été mis au courant.» Urs Boegli, porte-parole du CICR, a confirmé cette information à la SonntagsZeitung, en juin dernier. Il était inatteignable hier.

Cette confirmation suscite de nouvelles questions sur le rôle du divisionnaire Peter Regli, alors chef des renseignements de l'aviation militaire. A ce titre, c'est lui par exemple qui organisera durant toutes les années 80 des échanges de pilotes avec l'Afrique du Sud, alors en guerre en Angola. A l'occasion du survol de l'Angola par un des avions du CICR, en 1987, l'appareil est abattu par des tirs inconnus. Entre alors en scène un personnage dont le nom a fait le tour du monde: le docteur Wouter Basson, membre des services secrets sud-africains et responsable du programme chimique de l'Afrique du Sud. A en croire la déposition que Basson livrera plus tard à Zurich, le 1er décembre 1993, lors d'une arrestation pour escroquerie, il est alors sollicité par la Suisse pour récupérer le corps du pilote abattu au cœur de l'Angola. «Les Suisses ont reçu le corps du pilote et l'ont examiné, témoignait Basson. Mon supérieur et moi nous sommes rendus à l'Institut de médecine légale de Zurich où nous avons identifié les projectiles dans le corps du pilote.»

En 1987, Wouter Basson, aujourd'hui inculpé en Afrique du Sud pour 13 meurtres, travaille alors étroitement avec un agent des services secrets suisses, le capitaine Jürg Jacomet, recruté par Peter Regli. Il emmènera Jacomet à plusieurs reprises en Angola, sur le terrain, qui livrera ensuite ses renseignements à Berne. Basson rencontrera Peter Regli à Berne, au début des années 90. Le corps du pilote récupéré par Basson est-il celui de l'agent des services de renseignements suisses? Les agents sud-africains ont-ils rendu cet inestimable service à leurs amis suisses? Interrogé par Tempss présent, le divisionnaire Regli avait nié son implication dans l'affaire angolaise. Quant au CICR, il assurait n'avoir jamais été infiltré par les espions suisses.

J.-P. C.