énergie

Les esprits s’échauffent autour des barrages

Une commission du Conseil des Etats plaide pour le développement de l’énergie hydraulique, que Pro Natura veut freiner

Quelle sera la place de l’énergie hydraulique dans l’ère post-nucléaire amorcée par le Conseil fédéral et le parlement? Cette question est source de tensions entre les organisations de défense de l’environnement, qui militent pour une exploitation mesurée de l’hydraulique, et ceux qui les accusent de dire non à tout, au nucléaire comme au développement des énergies renouvelables.

La Commission de l’énergie du Conseil des Etats a affiché sa volonté d’étendre autant que possible l’exploitation de la houille blanche. Elle a adopté deux motions de Werner Luginbühl (PBD/BE) et Markus Stad­ler (VL/UR) qui demandent d’«identifier» voire d’augmenter le potentiel de l’hydraulique et de simplifier les procédures d’autorisation.

3,2 térawattheures en 2050

Or, vendredi, on apprenait que les organisations de défense de l’environnement préparaient une nouvelle initiative populaire visant à limiter les barrages le long des cours d’eau et de préserver les endroits où aucun captage n’est encore effectué. La divulgation de ce qui, selon Nicolas Wüthrich, porte-parole de Pro Natura, est pour l’instant «plus une idée qu’un projet» a déclenché des vagues de réactions.

Même à gauche, l’annonce d’une possible initiative sur ce thème suscite de l’incompréhension, car sa compatibilité avec le remplacement du nucléaire ne saute pas aux yeux. La Commission de l’énergie a brièvement évoqué ce problème, confie son président, Didier Berberat (PS/NE). «En tant que responsables politiques, nous avons le devoir de trouver des sources d’approvisionnement qui permettront de sortir du nucléaire. Mais nous avons en face de nous des gens qui défendent des intérêts sectoriels. Je comprends leur attitude, mais j’attends d’eux qu’ils soient conséquents. Tout le monde doit faire des efforts. Cette initiative, si elle est lancée, aura peu de soutien», analyse-t-il.

Werner Luginbühl et Markus Stad­ler souhaitent que les barrages soient exploités au maximum de leurs possibilités, mais ils reconnaissent la nécessité de tenir compte d’autres impératifs tels que le tourisme, l’agriculture, la pêche et la ­préservation de sites naturels importants. En les adoptant, la commission veut donner une impulsion claire. «Mais il n’est pas question de passer avec le rouleau compresseur», tempère Didier Berberat.

«On doit produire de l’énergie hydraulique en Suisse. Mais on ne peut pas faire n’importe quoi n’importe où. On dit qu’il faut en produire davantage, mais les rivières sont déjà exploitées à 95%. Il faut donc des garde-fous», argumente Nicolas Wüthrich, qui rejette le qualificatif d’«empêcheuses de tourner en rond» attribué aux organisations dont il est proche.

L’Office fédéral de l’énergie (OFEN) a chiffré le potentiel hydro­électrique. En juin dernier, il l’estimait à 4 térawattheures d’ici à 2050. Il parle désormais de 3,2 térawatt­heures, soit l’équivalent de Mühleberg. Pro Natura demande que l’OFEN mette autant l’accent sur le photovoltaïque et les économies d’énergie que sur l’hydraulique. Pour la Commission de l’énergie, toutefois, cette dernière ressource est clairement appelée à jouer un «rôle essentiel».

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