L'évocation de la crise pétrolière de 1973 ravive d'agréables souvenirs, ceux de routes livrées aux vélos, aux patins à roulettes et aux piétons. Le Conseil fédéral avait alors décidé, comme durant la crise de Suez en 1956, que les véhicules à moteur devaient rester au garage trois dimanches.

Ces joyeux moments ont donné naissance à plusieurs initiatives demandant de reconduire l'expérience. Sans succès. Une nouvelle initiative populaire, déposée en 1998 avec près de 112 000 signatures, suggère d'interdire la circulation motorisée durant quatre dimanches – dont celui du Jeûne fédéral. L'essai porterait sur quatre ans, délai au terme duquel le peuple serait appelé à se prononcer de manière définitive.

Le Conseil des Etats n'a cependant rien voulu savoir. Jeudi, par 31 voix contre 7, il a décidé de recommander le rejet sans contre-projet de cette initiative. «Nous sommes condamnés à une mobilité de plus en plus grande. Il faudrait accorder beaucoup d'exceptions», a relevé Rolf Büttiker (rad./SO).

Le Conseil des Etats avait cependant songé à un contre-projet, sous la forme de deux dimanches sans voitures. Rejetée par 17 cantons, cette contre-proposition a finalement été abandonnée. Certains comptent toutefois sur le Conseil national pour reprendre le flambeau.

Importance relative

Le socialiste jurassien Pierre-Alain Gentil est l'un d'eux: «L'initiative comporte peut-être des problèmes d'application, mais elle reprend une bonne idée déjà appliquée dans plusieurs villes européennes, où une journée du mois de septembre est décrétée sans voitures.» Hansruedi Stadler (PDC/UR), l'homme de l'Initiative des Alpes, lui, invite le Conseil national à étudier la possibilité de libérer les routes du trafic automobile un dimanche par an.

Pour Moritz Leuenberger, l'initiative des dimanches n'apporterait pas grand-chose: «Le Conseil fédéral n'y voit pas le meilleur moyen de conduire une politique des transports durable.» Il attend des parlementaires qu'ils se montrent plus conséquents à ce sujet, notamment lorsqu'ils seront appelés à se prononcer sur l'initiative populaire Avanti et sur l'introduction d'une taxe sur le CO2, deux projets dont l'importance est sans commune mesure avec les dimanches sans voitures.