L’initiative pour l’interdiction des minarets sera soumise au peuple malgré ses défauts politiques et juridiques. Après le National, le Conseil des Etats a jugé le texte valable mais il a recommandé son rejet au nom de la tolérance et de la liberté de croyance.

Comme attendu, seule une poignée de sénateurs UDC est venue vendredi à la rescousse de l’initiative populaire lancée par des membres de ce parti et de l’Union démocratique fédérale (UDF). Le «non» l’a emporté massivement, par 36 voix contre 3. Le score a en revanche été plus serré concernant la recevablité du texte. Celui-ci a été déclaré valable par 24 voix contre 16. La question d’un contre-projet n’a même pas été abordée. En mars, le Conseil national avait lui aussi rejeté assez clairement le texte, par 129 voix contre 50 et 5 absentations, lors d’un débat qui a donné lieu à de belles empoignades. La majorité du camp rose-vert, Andreas Gross (PS/ZH) en tête, avait tenté en vain de la faire invalider. Le Zurichois avait critiqué le «poids insuffisant» donné à la notion de violation de droit international impératif, condition nécessaire pour qu’une initiative puisse être déclarée nulle. Mais il n’a pas été entendu: sa proposition a été balayée par 128 voix contre 53.

Vendredi, les partisans du nouvel article constitutionnel proposé, ont insisté sur le fait que les minarets participent d’une «islamisation rampante» de la Suisse. Interdire leur construction permettra, à leurs yeux, de court-circuiter cette tendance ainsi que l’intolérance du monde musulman. «La tolérance doit être réciproque», a plaidé Maximilian Reimann (UDC/AG), faisant valoir les difficultés auxquelles les chrétiens sont confrontés dans certains pays musulmans. «Répondre au fondamentalisme par le fondamentalisme est un signe de faiblesse», lui ont rétorqué les intervenants des autres partis. Luc Recordon (Verts/VD) n’a pas hésité à qualifier le texte en discussion de «charia chrétienne». Même Barack Obama a fait irruption lors du débat, via son discours sur l’islam prononcé la veille.

La ministre de Justice et police, Eveline Widmer-Schlumpf, a été très claire. Le but des initiants - lutter contre l’intégrisme - ne peut pas être atteint à travers cette initiative. Elle s’est par ailleurs montrée très confiante. «Il y aura un non», a-t-elle déclaré en faisant allusion à la votation qui devrait avoir lieu en novembre. La campagne s’annonce néanmoins dure et vive. Le Conseil fédéral avait d’ailleurs, à peine l’initiative déposée, réagi inhabituellement rapidement. Par soucis de bien expliquer, à l’étranger, le système de la démocratie directe suiss et de bien faire comprendre que le texte n’est pas une initiative gouvernemental.