Exposé à un vent contraire, Alain Vaissade a choisi de se taire. Le maire et patron de la culture genevoise, ne veut pas entrer dans la mêlée qui s'est formée autour du futur musée d'ethnographie. Il attend mardi 20 février, lorsque le Conseil municipal devra décider s'il veut ou non investir 73 millions de francs pour construire ce musée. Devisé à 98 millions de francs, le bâtiment, dont l'installation est prévue sur la place Sturm, abritera aussi des services administratifs.

Cette construction aura pour vocation de réunir sous un même toit les cultures du monde entier. Et paradoxalement, le projet ne parvient pas pour l'instant à réunir autour de lui l'ensemble des élus de la ville. Les oppositions au concept muséographique se renforcent et les menaces de référendum, en cas de vote favorable, se précisent.

Le projet présenté devant le parlement sera finalement celui du grand musée. Intitulé «l'Esplanade des mondes», il a été primé en mai 1997 à l'occasion du concours d'architecture. Les deux variantes, moins onéreuses mais plus petites, et qui avaient été évoquées à un moment, sont finalement passées aux oubliettes, notamment grâce à des apports d'autres collectivités publiques et de sociétés privées, plus importants que prévu.

Soutenue sans équivoque par les socialistes et les Verts, la version soumise aux conseillers municipaux ne fera pas l'unanimité dans les travées parlementaires. Cependant elle pourrait quand même être acceptée, avec, il est vrai, une majorité politiquement atypique. En commission des Travaux, où ce projet a été approuvé de justesse par huit élus sur quinze, plusieurs partis avaient déjà fait part de leurs oppositions, pour des motifs divers.

Invoquant la nécessité «d'assainir les finances municipales» et d'éviter «des investissements trop lourd pour la commune», le Parti radical suggère de réduire la participation de la ville à quelque 46 millions de francs. La participation privée et celle des autres collectivités seraient revues à la hausse, atteignant «40 millions de francs» contre 25 actuellement. Mais l'opposition des radicaux ne concerne que le montage financier et ne remet pas en cause le concept du musée.

En revanche les libéraux et le groupe des Indépendants de l'Alliance de gauche (AdG) s'attaquent au projet dans son intégralité. D'abord sur le plan financier: pour Georges Queloz, conseiller municipal libéral, «le projet est pharaonique. On nous dit qu'il coûtera presque 100 millions de francs, mais en prenant en compte la hausse conjoncturelle et des nouvelles demandes liées à la construction, la facture atteindra les 180 millions de francs», affirme-t-il.

Le site choisi, la place Sturm, située au pied de la Vvieille-Ville et à proximité de la route de Malagnou, est aussi mis à l'index par les détracteurs du musée. «La surface proposée est trop petite, pour un bâtiment si volumineux», estime Evelyne Strubin, des Indépendants de l'AdG. «Le site enlève toute possibilité d'agrandissement, et avec les problèmes de stationnement, il sera difficile d'accès pour les visiteurs», renchérit Georges Queloz.

Ensuite, c'est au concept muséographique que s'en prennent les opposants. Les ethnologues ne les ont pas convaincus. «On aimerait que le futur musée soit plus didactique, et pas seulement un espace d'exposition», revendique Evelyne Strubin. Georges Queloz souhaite «une utilisation de techniques modernes pour rendre ce musée plus vivant».

Mardi, lors du vote au Conseil municipal, les libéraux et les Indépendants confirmeront leurs oppositions. Ils seront même rejoints par les démocrates-chrétiens qui, malgré le soutien au projet en commission de par l'un des leurs, rejetteront «l'Esplanade des mondes». «Il ne faut pas avoir peur d'abandonner ce projet, si au bout du compte nous parvenons à un musée qui soit vraiment à la hauteur», explique Robert Pattaroni, président du groupe démocrate-chrétien.

Par contre, les radicaux se disent prêts à accepter de soutenir le grand musée sur la place Sturm, «en troisième débat, suggère le radical Bernard Lescaze, lui-même membre de la Société des amis du musée d'ethnographie. Car nos divergences concernent le financement, pas le projet». Une perspective qui réjouit la communiste Liliane Johner: «La volonté de créer un musée d'ethnographie est ancienne, et il est temps de la concrétiser.»

Même si une majorité se dessine au Conseil municipal. L'avenir du musée n'est pas assuré. Les libéraux et les démocrates-chrétiens pourraient déclencher la voie référendum. «Avec un tel investissement, il serait normal que les Genevois se prononcent», estime Georges Queloz.

Dans notre édition de samedi: Que contiendra le futur musée d'ethnographie?