JURA/NEUCHATEL

Les étrangers éligibles à Neuchâtel, toujours pas dans le Jura

Les étrangers détenteurs d'un permis C pourront être candidats aux fonctions communales à Neuchâtel. Le Jura le leur refuse pour 423 voix.

Après Vaud et Fribourg, Neuchâtel ouvre la porte de l'éligibilité aux étrangers. Eligibilité communale, acceptée par 54,5% des votants, mais pas cantonale, nettement repoussée par 59,1% des voix. Pionnier dans l'octroi de droits civiques aux étrangers puisqu'il leur permet de voter aux plans communal et cantonal depuis 1979, le Jura n'est pas parvenu à franchir le cap de l'éligibilité communale, rejetée d'un cheveu, à 51%, pour 423 voix sur un total de 20200.

Le Jura pas concerné

Le résultat jurassien constitue une mauvaise surprise. Onze ans après un premier échec populaire (non à 52,8%), les partisans de l'élargissement des droits civiques aux étrangers croyaient tenir le bon bout: la possibilité pour les étrangers établis en Suisse depuis dix ans d'accéder aux parlements locaux avait été admise en 1999. Majoritairement opposées en 1996, les communes étaient cette fois prêtes à ouvrir toutes leurs fonctions, y compris celle de maire, aux étrangers. Le parlement avait ratifié le sujet par 51 voix contre 4!

Un consensus en fait fragile. Que le référendum lancé par des seconds couteaux de l'UDC a fait éclater. Personne n'a fait campagne pour l'éligibilité des étrangers: ni les étrangers déjà électeurs, qui ont d'ailleurs été très peu nombreux à aller voter (à peine 120 en ville de Delémont), ni les instances cantonales, et encore moins les partis politiques.

Malgré le soutien de ses députés au projet, le Parti radical a recommandé le non. «Je regrette que le parlement, qui a initié le projet, ne se soit pas davantage impliqué», déplore le ministre PDC de la Justice, Charles Juillard. «Le discours primaire et émotionnel du bistrot, affirmant qu'un étranger doit d'abord être naturalisé avant d'être candidat aux élections, a été récupéré par l'UDC et les radicaux, ce qui me scandalise», commente, désabusé, l'initiateur chrétien-social Jean-Paul Miserez. Qui ne se voyait pas aller seul au combat. «Personne n'a bougé. Les partis politiques n'ont pas mis de moyens. Je ne sais pas encore comment on va couvrir les 10000 francs de la campagne.»

Demi-mesure à Neuchâtel

Comme on pouvait le prévoir, Neuchâtel a suivi «la politique des petits pas» tracée par le Conseil d'Etat. Peu mobilisé (participation de 42,5%), le corps électoral a refusé à 59,1% l'initiative de la gauche qui voulait octroyer le droit d'éligibilité aux étrangers titulaires d'un permis C au niveau cantonal. Il a en revanche accepté à 54,5% le contre-projet du gouvernement attaqué par un référendum de l'UDC et du Parti libéral de limiter ce droit au plan communal.

C'est donc un Conseil d'Etat tout sourire qui est venu faire le bilan de la journée. «Neuchâtel devient ainsi le premier canton suisse à donner le droit d'éligibilité aux étrangers sur le plan communal lors d'une votation sur ce seul objet», a souligné Fernand Cuche. «Notre proposition était basée sur l'expérience, a complété Bernard Soguel. Nous ne sommes pas opposés à l'éligibilité sur le plan cantonal, mais il faut d'abord tester les nouveautés avant d'aller plus loin.»

Réunis à la Colonie libre italienne, les partisans de l'initiative ne partageaient pas cette douce euphorie. Le père du projet, Vitaliano Menghini (Sol.), était partagé. «L'obtention du droit d'éligibilité au niveau communal est une bonne chose, mais elle ne constitue pas un réel progrès: en 1848, la République neuchâteloise accordait ce droit à tous les communiers, qu'ils soient suisses ou non.»

La faible participation des électeurs étrangers (23%) constituait un autre motif de déception pour les initiants. «Plusieurs associations étrangères n'ont pas compris l'importance du vote, regrettait Vitaliano Menghini. Il y a un important travail de sensibilisation à faire si nous voulons arriver à nos fins dans quelques années.»

Dans le camp du non, l'UDC et le Parti libéral étaient également mi-figue, mi-raisin. «Le résultat n'est pas totalement satisfaisant, estimait l'UDC Yvan Perrin. Mais nous avons sauvé les meubles: sans notre référendum, les deux objets passaient.»

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