Les difficultés, lorsqu'on aborde la communauté, commencent avec son nom. Ce mot de «darbystes», qui vient du pasteur anglican John Nelson Darby (1800-1882), ils ne l'utilisent pas. Ce serait faire trop de cas d'un homme, quels que soient les mérites de celui qui avait choisi la Suisse romande, dans les années 1830, comme centre de son activité sur le continent. Les intéressés parlent donc d'assemblée des frères, d'assemblée chrétienne.

Ce courant évangélique est né dans le premier tiers du XIXe siècle, à l'époque du «Réveil» des sociétés protestantes. Il présente deux particularités. C'est une Eglise sans chefs ni pasteurs, qui refuse toute hiérarchie, mais dont les membres ressentent le besoin profond de totale unicité, en étant d'accord sur tout. Il y a là une contradiction fondamentale qui fait que l'histoire du darbysme est une succession de crises et de ruptures. En 1848 déjà, une scission historique intervient entre les «étroits» et les «élargis», selon un modèle qui ne fera que se répéter au fil des années: le noyau dur s'isole, jetant l'anathème sur ceux qui prennent le large pour établir un contact avec d'autres communautés évangéliques. Le village des Bioux, à la vallée de Joux, est ainsi divisé entre le côté des étroits et celui des élargis, tandis qu'il n'y a pas moins de trois assemblées différentes au Locle.

Si l'accès au culte est ouvert, les questions sont malvenues. «Il ne nous semble pas opportun d'apporter un témoignage dans un journal qui n'est pas chrétien», répond un frère de Lavaux. Pas possible non plus d'obtenir des données factuelles, comme le nombre des fidèles, auprès des membres actifs de la communauté. «Nous n'avons pas l'habitude de nous compter, s'entend-on répondre. Chez nous, chaque croyant est membre de l'Eglise.»