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Etudiant, ce métier à budget serré

L’initiative sur les bourses d’études met en lumière les conditions de vie des étudiants. 75% d’entre eux travaillent à côté des cours. Parfois non sans peine

Environ 1800 francs par mois, indique une étudiante sur le campus lausannois. 1950 francs, calcule l’Université de Lausanne. A Genève, la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture articule un montant de 1989 francs en dessous de 25 ans, 2114 au-delà, hausse due notamment à l’assurance maladie.

Variations sur un thème, le budget moyen d’un étudiant dans une université suisse, ou une haute école professionnelle. Même si elle fut plutôt calme, la campagne qui s’achève sur l’initiative de l’Union des étudiants de Suisse (UNES) à propos des bourses d’études a mis en lumière des trains de vie divers. Et une réalité un peu oubliée: être étudiant en 2015 ne constitue pas vraiment, plus seulement, de belles années d’insouciance.

Certes, la majorité des étudiants vit plutôt bien, aidée par des parents qui soutiennent. S’agissant des Suisses, les auditoires ne correspondent pas à la population totale: il y a davantage de fils d’universitaires dans les universités, ce qui, a priori, laisse penser que leurs foyers sont mieux lotis.

Dans une récente et copieuse étude sur les conditions d’études et de vie dans les hautes écoles suisses, l’Office fédéral de la statistique a indiqué qu’en moyenne, 39% des étudiants vivent chez leurs parents. Effet, sans doute, de la plus grande densité d’universités sur le territoire francophone, la part est plus importante en Suisse romande sauf Fribourg (30%), jusqu’à 52% à Genève et 49% à Neuchâtel.

 

Un chiffre saillant est la proportion de jeunes qui travaillent à côté des études: les trois-quarts. Plus de la moitié travaillent au-delà de 40%. Bien sûr, il est difficile d’estimer la part de petits jobs effectués pour se payer de nouvelles choses, de celle du labeur rémunéré pour vivre, simplement. Un sondage de l’OFS donne comme raison la plus citée par les étudiants, «cela me permet d’être plus à l’aise financièrement», ce qui reste peu clair. En revanche, il est certain que l’activité payée diffère selon les filières: on travaille bien plus à côté de cursus des universités que dans les EPF.

Membre du bureau exécutif de la Fédération des associations d’étudiants (FAE), à l’Université de Lausanne, Laia Soler indique que «dans les domaines de l’ingénierie par exemple, il y a un nombre élevé d’heures de cours, il est donc bien plus difficile de travailler en plus. Sans parler de filières telles que celle de médecine.»

Des détails qui ont leur poids

C’est une belle journée sur le campus, du côté de l’Université, avec moutons paissant et verdure épanouie. Au bureau de la FAE, les étudiants racontent des détails qui ont leur poids. Qu’est-ce qui relève du nécessaire, ou du luxe? Un ordinateur portable, par exemple, est-il un gadget? «Dans certains cursus, c’est la norme. Et dans l’ensemble, l’équipement informatique prend une importance croissante, avec des coûts importants à la clé.», lance Laia Soler.

A sa gauche, coprésident de la FAE, Francisco da Cruz Sousa Martins prend un exemple: «Dans bien des facultés, il faut un logiciel de statistiques qui nécessite un ordinateur d’une certaine puissance, une tablette ne suffit pas». Et ce détail concret révèle une difficulté sociale: «L’Université a des salles informatiques ouvertes aux étudiants durant la journée, mais les étudiants dans des situations plus précaires, ceux qui en ont le plus besoin, sont également ceux qui cumulent cours et petits boulots durant les horaires d’accès libre.»

«Besoin de davantage de flexibilité»

Histoires de contraintes, plus marquées au début des études. En général, les trois ans du bachelor sont chargés, en raison des cours obligatoires. Et pour certains, la nécessité de gagner de l’argent à côté est déjà impérieuse à ce moment-là. Laia Soler insiste: «Ces personnes auraient besoin de davantage de flexibilité, par exemple la possibilité de prendre un jour par semaine pour un emploi à côté, ce qui est souvent impossible. D’où l’importance de la bourse.»

Dans l’ensemble des formations post-obligatoires, avec le gymnase, 7% des jeunes ont reçu une bourse en 2013, «l’un des taux les plus bas depuis 1990». Dure contradiction helvétique, que tous les camps politiques reconnaissent: on valorise la formation, et les aides à la formation sont à la baisse. Depuis 2008 et une réforme de la péréquation entre cantons et Confédération, cette dernière a baissé ses appuis, sans que les cantons ne compensent pour autant.

Et certains serrent les enveloppes par mesures d’économies. L’OFS indique un montant moyen suisse de 5523 francs par an au niveau du tertiaire, ce qui est loin des 16 000 francs recommandés par un concordat que les cantons opposent à l’initiative. Car en sus, la diversité du paysage des bourses d’études s’est accrue. Les efforts cantonaux varient du simple au triple, la proportion de boursiers du simple au quadruple… C’est cette injuste zizanie qui a motivé le lancement de l’initiative.

A Lausanne, on commente parfois les situations, entre étudiants des régions. «Le Valais et Neuchâtel sont les plus radins, ça se sait», lance-t-on. De fait, les deux cantons sont plutôt larges en nombre de boursiers, mais ils s’illustrent par la faiblesse des montants. Secrétaire générale de la FAE, Olia Marincek souligne que «ce sont précisément leurs étudiants qui ont besoin de se loger sur place».

Quel que soit le canton, les mécanismes sont complexes, avec des systèmes dégressifs. Si le boursier travaille, son soutien public peut être réduit. Les représentants ne contestent pas le principe, mais Olia Marincek veut souligner le risque de tomber dans une sorte de «cercle vicieux» dans certains cas. Et de citer à titre d’exemple la situation d’une étudiante qui, en raison d’une bourse insuffisante, a pris un travail à côté, subissant ensuite une baisse du soutien du canton: «Chaque année, la baisse de sa bourse a conduit cette personne à travailler davantage, lui faisant subir de nouvelles coupes dans ses aides, et ainsi de suite…».

Un fonds de soutien

La FAE possède son propre fonds de soutien, 25 000 francs pour les étudiants en difficulté. L’année passée, 49 ont fait demande. C’est peu, mais Laia Soler a son explication: «Il faut savoir que le fonds existe, et oser demander…».

Le motif de demandes le plus fréquent est le paiement des taxes universitaires. Pourtant, elles sont parmi les plus basses d’Europe: 1160 francs. Mais il faut payer 580 francs chaque semestre; Francisco da Cruz Sousa Martins souligne que «le fait de devoir débourser un tel montant en une fois pose problème à certains étudiants, qui sont très justes dans leur budget». Traces d’une précarité parfois bien réelle.

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