«Elections à la FAE! Un petit pain?» Mercredi matin, frais, à un arrêt du tram sur le campus lausannois. Huit étudiants en campagne électorale font une haie d'honneur à leurs camarades, qui arrivent par grappes toutes les trois minutes. Sans broncher, ceux-ci prennent l'un des 200 ballons dodus entourés du programme des «étudiants du centre droit universitaire». Cheffe de l'escouade, Aude Reymond lance en aparté: «Comme étudiants déclarés à droite, nous créons le débat, c'est notre but.» Un candidat glisse: «Face aux profs, ça fait bizarre, on a peur qu'ils ne nous étiquettent.»

L'Université de Lausanne expérimente ce que connaissent les universités allemandes ainsi que celles de Bâle, Berne et Zurich: l'élection générale des représentants estudiantins. Une innovation de leur faîtière, la Fédération des associations d'étudiants (FAE). Jusqu'ici, les associations de facultés dépêchaient leurs émissaires. Désormais, le vote s'ouvre aux 11000 étudiants, en une fois, jusqu'au 11 mai.

Petite révolution politique à l'heure du désintérêt des étudiants pour les questions qui les concernent. Coprésident de la FAE, Benoît Gaillard raconte que «nos assemblées devenaient diversement fréquentées, on ne savait pas quelle était la légitimité de certains représentants». Il fallait «donner un coup de fouet, et permettre à chaque étudiant de s'exprimer».

Les délégués de la FAE sont allés jusqu'à imaginer un système bicaméral, une Chambre du peuple (les étudiants) et une des Etats, les facultés. Le dispositif retenu est celui du scrutin proportionnel, par liste et par faculté selon leurs effectifs, pour une assemblée. La théologie aura trois sièges, les sciences sociales et politiques (SSP), huit. Les électeurs votent sur Internet selon un protocole déjà appliqué pour les élections aux conseils de faculté. En tout, 83 volontaires se sont déclarés, pour 40 sièges.

Bastions gauchistes

Pour les juniors de droite, la démarche de la FAE est du petit pain béni: les Jeunes radicaux veulent investir ces bastions gauchistes que sont les unis. Après l'EPFZ, les unis de Berne et Fribourg (LT du 19.04.2008), ils ont créé leur section Unil-EPFL lundi soir. Car, avec ses élections, la FAE ouvre la porte à un retour du politique dans l'académie. Sur 18 listes, 8 viennent des associations classiques de faculté, 10 sont connotées.

Le rectorat observe, en rappelant les règles sur l'affichage, souci lancinant à l'Uni: pas de racolage pour les partis et pas de tracts sur le site, mais les candidats auraient la voie libre pour leurs affiches. Consignes mal expliquées, puisque, ce mercredi, les jeunes bourgeois sont harponnés par un concierge, paniqué de voir des logos de partis politiques sur leurs affiches. Balbutiements de la démocratie académique. Pour palier le manque de contacts directs, on bat le rappel des troupes sur Facebook.

Les libéraux-radicaux-PDC convoitent des sièges en Lettres, SSP, Droit et HEC. En Lettres et en SSP, la gauche a concocté sa plate-forme commune. Il existe aussi une «alternative de gauche» en Droit ainsi qu'un «mouvement géoalternatif» en Faculté des géosciences et de l'environnement. Line Rouyet, sa tête de liste, siège sous les couleurs PS au législatif de Renens, elle explique: «Nous regroupons des gens clairement à gauche, des socialistes ou des Verts, mais certains se présentent justement parce qu'il n'y a pas d'affiliation à un parti.» On trouve pourtant quelques militants déjà rodés, le membre du comité du POP Julien Sansonnens à gauche, et en face, le vice-président des Jeunes radicaux suisses, Philippe Nantermod. Mais les liens avec les partis officiels restent minces. Ceux-ci ont d'ailleurs l'interdiction d'aider leurs poulains: les candidats doivent s'en tenir aux 150 francs attribués par la FAE à chaque liste.

Les revendications font le grand écart. Certains réclament davantage de micro-ondes pour les casse-croûte; la baisse du prix des repas sur le campus a aussi la cote. On exige des podcasts des cours. Une liste en biologie clame «vive la vie!». Et il y a les questions de fond, la démocratisation des études à gauche, leur adéquation au marché du travail à droite...

Pas de débats enflammés

Les étudiants saisis par une passion pour leur condition? Ce serait abuser. «Les débats portent surtout sur la politisation de ces élections», relève Aude Reymond. Une candidate avoue concourir «malgré moi car, dans notre faculté, il a été très difficile de trouver des gens motivés...» «Il n'y a pas de débats enflammés, reconnaît Julien Sansonnens. Mais, pour la première fois, nous avons une vraie campagne».

Quelle participation?

Et les pronostics vont bon train. Les associations de faculté jouissent de la prime aux sortants ainsi que d'une image de neutralité, parfois factice. La gauche a ses chances en Lettres et en SSP, mais elle pourrait se placer en Droit, où les radicaux-libéraux-PDC souffrent des zofingiens - slogan: «Zofingue c'est dingue!» -, qui pourraient leur chiper des voix. En sus, les jeunes de droite rêvent d'une surprise en Lettres ou en SSP.

La principale incertitude restant la participation. A Berne, elle tourne autour de 15%. Idem à Lausanne pour les conseils de faculté. Mercredi, 7% des électeurs s'étaient prononcés. Jusqu'au 11 mai, il faudra multiplier les petits pains.