Lucerne avait frappé les esprits l’an dernier en décrétant une semaine de fermeture forcée des gymnases et des écoles professionnelles du canton pour économiser 4 millions sur les salaires des enseignants. Cette décision s’inscrit dans une série de mesures d’économies dans la formation, approuvées par les autorités cantonales. Depuis, la colère gronde du côté des enseignants, mais pas seulement. Des organisations d’élèves se mobilisent dans plusieurs villes alémaniques contre les coupes budgétaires dans la formation.

Ce mercredi, à 13h30, des défilés contre le «démantèlement de l’éducation» auront lieu simultanément à Zurich, à Aarau, à Bâle et à Genève, à l’initiative des gymnasiens lucernois. Un appel relayé sur Facebook et Twitter avec le hashtag #KeLoscht. Entretien avec l’un des meneurs de la fronde, Serafin Curti, 20 ans, président de l’association des organisations d’étudiants lucernois (VLSO).

Le Temps: Qu’est-ce qui pousse les gymnasiens à descendre dans la rue ce mercredi?

Serafin Curti: A Lucerne, nous protestons contre les vacances supplémentaires imposées par le gouvernement lucernois uniquement pour économiser de l’argent.

– Protester contre des vacances, c’est plutôt inattendu?

– En réalité, ce congé forcé n’a rien à voir avec des vacances. Nous recevons du travail à faire seul à la maison. Les mathématiques, par exemple, sont déjà difficiles à comprendre avec un enseignant. Sans soutien, c’est encore pire. Mais ce n’est pas la seule mesure d’économie que nous contestons, il y a aussi la hausse des coûts des cours de musique, la suppression des cours facultatifs, l’annulation du voyage de maturité dans certains établissements, ou encore la prolongation du temps de travail des enseignants.

– Est-ce un acte de solidarité avec les enseignants?

– Les enseignants se réjouissent de notre initiative, mais nous ne le faisons pas à leur demande. Notre démarche est indépendante. Elle n’a pas non plus de couleur politique, même si nous pouvons compter sur le soutien des jeunes socialistes, des jeunes verts ou encore de membres du PBD. Les partis appellent à manifester à nos côtés, en revanche nous n’acceptons pas de participation financière de leur part. Nous tenons à rester neutres, afin de mobiliser aussi largement que possible. La manifestation est financée par les recettes des fêtes que nous organisons.

– Comment êtes-vous parvenus à impliquer d’autres villes?

– Les coupes dans la formation ne concernent pas seulement Lucerne, c’est un problème qui touche plusieurs cantons et nous avons davantage d’impact si d’autres manifestent leur mécontentement avec nous. Nous avons contacté des membres de comités de gymnasiens dans d’autres villes puis nous nous sommes coordonnés via WhatsApp et Skype, ça a superbien fonctionné.

– Pensez-vous pouvoir amener les autorités à changer d’avis?

– Oui, car notre action prend une ampleur nationale, c’est la première fois qu’autant d’étudiants manifestent en même temps contre les économies dans l’éducation. On en a juste ras-le-bol. Nous arrivons en âge de voter et nous représentons les électeurs du futur. Si les autorités ne nous traitent pas avec respect, elles savent que nous pouvons les sanctionner dans les urnes.