Orphée, philosophie et histoire. «Je trouve cette décision honteuse. L’université est un espace d’expression, le reflet de la société. Je suis d’origine angolaise et loin de partager les idées de l’UDC, mais c’est un parti qui lance aussi des discussions intéressantes. En Suisse, si on ne rentre pas un peu dans le lard, les gens ne réagissent pas. Le campus devrait justement être un lieu ­privilégié de débat, mais c’est ici que paissent les moutons aujourd’hui.»

Riccardo, sciences sociales et politiques. «J’ai participé à la manif contre l’UDC. Ce parti est non seulement xénophobe, il vise une éducation sélective orientée sur les besoins de l’économie, classe les gens en catégories. C’est contraire à toutes les valeurs qu’on nous apprend ici. Qu’il tienne son congrès ailleurs. Le tract de menaces? Ce n’est rien du tout, notre lettre au recteur n’en contient aucune. Malheureusement, les gens ne retiennent que cela, tous les étudiants passent pour des terroristes et l’UDC pour des victimes.»

Minela, droit. «Je pense que la décision est juste. Je suis originaire d’ex-Yougoslavie et totalement opposée à l’idéologie de l’UDC. Derrière leur initiative, ce sont tous les étrangers qu’ils attaquent systématiquement, manipulant les statistiques. Si vous les étudiez de plus près, vous constatez que la proportion de délits est à peu près la même pour les étrangers établis que pour les Suisses. Cela dit, on ne devrait pas s’opposer à des gens qui défendent des idées différentes. Au fond, cela ne m’aurait pas dérangée qu’ils viennent.»

Laura, lettres. «Ce n’est pas très judicieux, cela casse le dialogue. Les menaces des casseurs me semblent peu sérieuses; ils sont une toute petite minorité. Si c’est la raison qui a poussé le rectorat à refuser ce congrès, je le trouve très influençable. Dommage, car cela fait plusieurs années que l’on essaie de changer l’image de l’université comme «nid de gauchistes», j’ai fait partie du mouvement Centre-droit universitaire, la pluralité d’opinions est souhaitable, même si certaines thèses de l’UDC sont aberrantes.»

Julien Bocquet, secrétaire de la Fédération des associations d’étudiants. «Notre fédération s’est battue pour que le droit de réunion soit garanti, elle se veut indépendante des partis. Sur ces bases, on ne peut pas dire oui au Parti socialiste et non à l’UDC. L’université donne l’impression de discriminer entre les deux, et de céder à ce qu’il y a de plus désagréable parmi ses mouvements politiques. Les autres étudiants qui manifestent, avec un certain courage et dans les règles, contre les dérives de l’UDC s’en trouvent stigmatisés.»

Raphaël, droit. «Un congrès politique me dérange, quel que soit le parti. Je ne savais pas que les socialistes avaient tenu le leur ici. Du coup, c’est délicat de refuser l’UDC. Il aurait été plus simple de dire non aux deux. J’ai l’impression que le tract de menaces a servi de prétexte facile au recteur, mais sur le fond la décision me va: derrière la façade démocratique, toutes ces initiatives de l’UDC piétinent les principes qui ont fait la démocratie suisse.»