Neuf étages, septante-deux chambres en bordure de forêt avec vue sur le lac. La tour des Cadolles, sur les hauts de Neuchâtel, jouit d'une situation idéale. Son rachat le 1er janvier dernier par Cité Al'FEN, société anonyme sans but lucratif issue de la Fédération des étudiants neuchâtelois (FEN), constitue un coup de maître. Il permet d'un coup d'un seul de régler le problème de la pénurie de chambres pour les étudiants du chef-lieu. Une situation unique en Suisse.

Cité Al'FEN n'en est pas à son coup d'essai en matière de première nationale. Depuis juillet 2007, la société gère de manière exclusive l'ensemble des lits réservés aux étudiants du chef-lieu, qu'ils soient issus des lycées, de l'Université ou de la Haute Ecole Arc. Occupée autrefois par les infirmières de l'ancien hôpital des Cadolles, la tour vient compléter l'offre de 227 chambres réparties entre la Cité universitaire, le foyer de la rue des Sablons et la maison de Champréveyres.

Un prêt à la Banque Cantonale

Tous deux membres du comité de la FEN et du Parti socialiste neuchâtelois, Pierre-Antoine Bonvin, 32 ans, et Baptiste Hurni, 22 ans, ont posé les bases du projet. «Tout est parti d'une boutade, raconte le second, étudiant en lettres et vice-président du conseil d'administration (CA) de la SA. Jusqu'en 2005, la gestion du logement étudiant était assurée par DSR, société installée à Morges. Suite à son retrait, le Conseil d'Etat a lancé un appel d'offres. Nous avons postulé. Nous avons été pris au mot.»

Après deux ans d'une gestion concluante, Cité Al'FEN a passé la vitesse supérieure en rachetant la tour des Cadolles pour 2,8 millions de francs. La rénovation en profondeur du bâtiment construit en 1965 est actuellement en cours, pour un coût qui devrait avoisiner les 4 millions de francs. «Les travaux se font trois étages par trois étages, ce qui permet à des étudiants d'occuper les lieux depuis le début de l'année, détaille Baptiste Hurni. Tout doit être terminé pour la rentrée universitaire, au mois de septembre.»

Le financement de l'opération a très vite été assuré. Séduite par le projet, la Fondation des Sablons a mis 1 million de fonds propres disposition. L'Etat de Neuchâtel a versé de son côté une caution de 400000 francs. De quoi remplir les conditions nécessaires pour bénéficier d'un prêt hypothécaire de la Banque Cantonale Neuchâteloise à hauteur de 5,5 millions de francs.

Haut de gamme

Pour faire face à la charge de cet investissement, la société anonyme louera cinq appartements haut de gamme dans les étages supérieurs de la tour avec une vue imprenable sur le lac et les Alpes. Un étage de bureau jouera le rôle de «zone tampon» avec les chambres d'étudiants. «Des accès différenciés seront mis en place afin d'assurer la quiétude des uns et des autres», note Baptiste Hurni.

Afin d'offrir des loyers «acceptables», le conseil d'administration de Cité Al'FEN est en quête de parrainages pour un montant de 1 million de francs. Les partenaires intéressés pourront en retour donner leur nom à un étage, qui sera personnalisé selon leurs envies. Ils pourront aussi utiliser la façade de la tour pour faire de la publicité. «Si nous récoltons ce million, nous pourrons proposer des loyers inférieurs à 400 francs par mois, estime Baptiste Hurni. Sans lui, le prix oscillera plutôt entre 450 et 460 francs.»

Cité Al'FEN a financé une brochure de soutien afin d'inciter les représentants du secteur privé à participer. «Nous n'allons pas l'envoyer à toutes les entreprises du canton, précise Pierre-Antoine Bonvin, président du CA et étudiant à la Haute Ecole de gestion. Nous avons fait une sélection qui nous semble pertinente.»

Soutien de personnalités

Pour faciliter le démarchage, les étudiants se sont approchés de personnalités de la région. L'accueil, «très positif», a débouché sur la mise en place d'un comité de soutien qui comprend notamment la présidente du Conseil de l'Université Michèle Berger-Wildhaber, le président de Neuchâtel Xamax Sylvio Bernasconi, le conseiller aux Etats radical Didier Burkhalter ou encore l'ancien conseiller d'Etat socialiste Pierre Dubois.

Baptiste Hurni et Pierre-Antoine Bonvin entendent poursuivre leur activité au sein de Cité Al'FEN au terme de leurs études. Histoire d'assurer la pérennité d'une entreprise qui emploie une vingtaine de personnes et, qui sait, susciter des vocations dans d'autres lieux. C'est bien parti: des étudiants lausannois les ont déjà approchés, «très intéressés» par l'originalité de la démarche.