«On est à la fin du temps réglementaire. Il y a 1 à 1 et on va jouer les prolongations.» Mark Muller, le conseiller d'Etat genevois en charge du dossier de l'Euro 2008, accueille sans catastrophisme le refus du Conseil des Etats d'accorder à Bâle, à Berne, à Zurich et à Genève une rallonge de 10,5 millions pour couvrir les frais d'organisation du tournoi.

Humeur passagère

Le Conseil des Etats a estimé mercredi que la facture avait suffisamment grossi comme ça. Par 22 voix contre 17, il a refusé ce supplément de 10,5 millions et se démarque ainsi du Conseil national. Mais le dossier n'est pas clos. Il reviendra la semaine prochaine au National, et les deux Chambres se mettront sans doute d'accord avant la fin de la session de juin. C'est en tout cas l'espoir formulé par la conseillère nationale Martine Brunschwig Graf (PL/GE). Elle avoue qu'elle s'attendait à un «refus plus massif» du Conseil des Etats. Or, le non sénatorial n'est pas une gifle, de sorte que Mark Muller, qui voit dans la décision de la Chambre des cantons «un mouvement de mauvaise humeur contre l'augmentation de la facture de l'Euro», espère toujours «remporter la partie».

Les critiques n'ont pas manqué mercredi. Il faut rappeler que le Conseil fédéral avait obtenu du parlement un premier crédit de 3,5 millions en 2002, cela sur un total de 10. En 2005, le ministre des Sports Samuel Schmid a été contraint de solliciter à nouveau les Chambres. La facture à la charge des collectivités publiques était passée à 182 millions et la part fédérale à 72 millions, principalement à cause de la sécurité.

L'UEFA montrée du doigt

Pour Pierre-Alain Gentil (PS/JU), cette perte de contrôle est inacceptable. Il regrette que l'UEFA, dont il condamne l'«incroyable arrogance», ne prenne les frais de sécurité à sa charge. En fait, les règles étaient connues dès le départ: l'UEFA ne s'occupe pas de la sécurité à l'extérieur des stades. «C'est l'affaire des collectivités publiques», rappelle Samuel Schmid.

Le ministre s'est longuement expliqué sur les raisons de l'explosion des crédits fédéraux. Il rappelle que les 3,5 millions initiaux ne concernaient que l'engagement de l'armée. «Il a fallu y ajouter les coûts des gardes-frontière et de la police fédérale. Nous étions partis du principe qu'ils seraient couverts par les budgets ordinaires de ces organes, mais les réductions budgétaires ont réduit leur marge de manœuvre», détaille-t-il. Il ajoute que les attentats de 2001 ont encore renchéri la sécurité. Cet argument laisse plusieurs sénateurs perplexes. Pas question, cependant, de remettre les 72 millions fédéraux en cause, même si c'est en «serrant les dents», maugrée Fritz Schiesser (PRD/GL).

Ce soutien dépité ne s'est pas étendu à la rallonge de 10,5 millions. Mais rien n'est joué, car certains, comme Christiane Langenberger (PRD/VD), ont déjà changé d'avis. Elle a été sensible aux arguments défendus notamment par Hans Hofmann (UDC/ZH), qui craint qu'un refus n'entraîne un transfert de charges au détriment des villes organisatrices. «Que se passera-t-il si les quatre villes rejettent le crédit qui leur est demandé? Devrons-nous abandonner l'Euro 2008 ou le céder intégralement à l'Autriche?» s'interroge-t-il.

C'est précisément ce genre de réflexion qui rend Martine Brunschwig Graf et Mark Muller optimistes. «Rien n'est perdu. L'Euro 2008 est une affaire suisse. La Confédération ne peut pas lâcher les cantons au milieu du gué», plaide la première nommée.