Le concert de klaxons qui salue une victoire sportive est un langage universel. En Suisse aussi, même si les Helvètes ont l'allégresse moins démonstrative que les Brésiliens ou les Argentins. Il n'empêche qu'à Lausanne, les supporters devront garder un œil sur leur montre: une heure après le coup de sifflet final des matches de l'Euro, qui débute samedi, klaxonner sera interdit, prévient la police municipale.

Le commandement de la police dit «comprendre que les passionnés veuillent exprimer leur joie à l'idée de voir leur équipe favorite s'imposer», mais rappelle qu'il doit «cependant veiller à la tranquillité publique». Au-delà de l'heure autorisée, les usagers de la route «inutilement bruyants» pourront être dénoncés à la Préfecture, voire écoper d'une amende.

«Nous avons une longue expérience de la gestion de problèmes liés aux fêtes de ce genre», se justifie Christian Séchaud, officier de presse. «Il y a deux ans (lors du Mondial de foot), les matches ont été fêtés de façon parfois démesurée. Et la fête des supporters du FC Porto (vainqueur de la Ligue des champions le 26 mai dernier) a duré jusqu'à deux heures du matin», ce qui a occasionné des plaintes de riverains excédés par le vacarme.

Nuisances

Christian Séchaud souligne que la police fait preuve de souplesse en tolérant les klaxons plutôt que d'appliquer la loi de manière rigide. «Je rappelle qu'il est interdit de faire du bruit sur tout le territoire de la commune entre 22 h et 6 h. De même, la loi sur la circulation routière interdit l'usage du klaxon autrement qu'en cas de danger. On sait bien que les gens vont klaxonner, mais il faut que ce soit dans la limite de l'acceptable. Les bruits peuvent représenter une véritable nuisance, notamment pour les enfants.» Les rassemblements seront également tolérés, contrairement, évidemment, aux fautes de circulation et aux comportements dangereux.

La durée de la compétition, qui débute samedi et prendra fin le 4 juillet, a joué dans la décision, tout comme les communautés représentées. «Avec la présence à l'Euro de la Grèce, du Portugal, de l'Espagne, de l'Italie, il y aura matière à klaxonner fréquemment! Les Anglais, les Français ou les Suisses sont peut-être moins bruyants, mais c'est la même chose.» Et que la Suisse participe pour la première fois de son histoire à la phase finale de la compétition européenne n'y change rien.

Si la décision lausannoise peut surprendre, rappelons qu'à Zurich, les klaxons sont totalement interdits depuis toujours. Mais tolérés: «On a quand même du cœur», sourit Mario Cortesi, porte-parole de la police. Ailleurs, comme à Neuchâtel, où la police a concentré la prévention sur les tenanciers de bar, le fatalisme est de rigueur. «Tant qu'il n'y a pas de mise en danger avec la circulation… De toute façon, les klaxons, c'est rare que ça dure une heure», souligne Gabriel Simonet, représentant du commandant de la police. Enfin, à Genève, où aucune mesure n'est prévue, le porte-parole Philippe Cosandey glisse que, peut-être, «on fait plus la fête qu'à Lausanne. On verra ça après le coup d'envoi.»