Léman

Europa Nostra honore la flotte Belle Epoque

La restauration des vieux vapeurs reçoit un prestigieux prix européen. Des fonds manquent encore pour rénover l’«Italie»

Europa Nostra honore la flotte Belle Epoque

Léman La restauration des vieux vapeurs reçoit un prestigieux prix européen

Des fonds manquent encore pour rénover l’«Italie»

Les amoureux des vieux vapeurs du Léman jubilent: la restauration de la flotte Belle Epoque de la Compagnie générale de navigation (CGN) figure parmi les lauréats du prestigieux Prix Europa Nostra 2014.

Après l’étude de sauvegarde de la cité du Lignon (GE) – qui avait valu la même distinction en 2013, dans la catégorie recherche, au Laboratoire des techniques et de la sauvegarde de l’architecture moderne de l’EPFL –, l’organisation faîtière du patrimoine culturel européen a choisi d’honorer, cette année, l’Association des amis des bateaux à vapeur du Léman (ABVL), dans la catégorie conservation. «Le jury était déterminé à rendre hommage à l’ABVL, qui a rendu possible ces restaurations impressionnantes, écrit Europa Nostra. Grâce à leurs efforts, ainsi qu’à ceux du Musée du patrimoine du lac Léman et des propriétaires, un musée hors norme, vivant, flottant, a été conservé.»

La restauration des huit bateaux d’époque n’est pas une mince affaire et a déjà coûté quelque 65 millions de francs, assumés pour un tiers environ par l’ABVL et pour le reste par les propriétaires – les cantons de Vaud, de Genève et du Valais en tête.

Sur les huit navires de la flotte, quatre sont complètement restaurés: le Montreux , La Suisse, le Savoie et le Vevey . «Ceux-ci, ils sont bons pour cinquante ans», sourit Maurice Decoppet, président de l’ABVL, qui ne touche plus terre depuis l’annonce d’Europa Nostra. Deux autres naviguent encore, le Simplon et le Rhône , mais n’ont été que partiellement restaurés. Et les deux derniers, l’Italie et l’Helvétie , sont aujourd’hui désarmés, en attente de gros travaux.

La restauration de l’Helvétie , aujourd’hui à quai devant le Musée olympique de Lausanne, n’est pas à l’ordre du jour. Celle de l’Italie est, en revanche, déjà programmée pour cet automne, sous réserve de financement suffisant. La prestigieuse distinction tombe donc à point nommé pour aider à réunir les quelque 4,5 millions de francs (sur 13) qui manquent pour remettre le bateau à flot.

Ce n’est, en effet, que la troisième fois que ce prix est décerné en Suisse, et Europa Nostra est le principal lobby en faveur du patrimoine culturel à l’échelle du continent. Qui plus est, cette année, seuls trois des 27 prix de l’organisation ont été attribués hors de l’Union européenne.

Membre du conseil d’Europa Nostra, – «mais pas du jury du prix», précise-t-il d’emblée – le banquier genevois Charles Pictet ne le cache pas: «Il faut espérer que ce prix encourage les privés à soutenir l’effort de rénovation, et l’Etat à débloquer les fonds nécessaires.»

Le financement du programme de restauration de la flotte est un vieux serpent de mer. Avec la restructuration de la CGN en 2012, les trois cantons lémaniques – qui avaient alors abandonné 30 millions de francs d’anciennes créances et investi 25 millions supplémentaires –, sont devenus actionnaires majoritaires de la compagnie, à hauteur de 57% (dont près des deux tiers pour le seul canton de Vaud). L’ABVL possède, elle, 22% du capital-actions.

Or, selon nos informations, un accord tacite prévoit que l’Etat et le privé financent alternativement les restaurations successives des vieux bateaux. L’Etat a assumé la dernière restauration en date, celle du Vevey , achevée fin 2013. Facture: 14 millions de francs. Les cantons estiment donc avoir fait leur part pour l’instant. Le canton de Genève vient, en plus, de signer un contrat de prestations avec la CGN: il semble acquis pour tout le monde qu’il ne faut pas compter sur lui pour l’heure.

L’ABVL a déjà réuni près de 8,5 millions de francs pour le chantier de l’Italie . Maurice Decoppet veut espérer que les communes genevoises mettront la main à la poche pour aider à réunir le solde. Le Vevey sera d’ailleurs présenté en grande pompe aux autorités genevoises le 4 avril prochain. Mais cela ne suffira probablement pas.

Personne n’ose le dire, mais les regards se tournent à nouveau vers le canton de Vaud. L’attribution du prix le convaincra-t-il de faire un geste? «L’Etat a déjà fait un gros effort, répond le grand argentier vaudois, Pascal Broulis. En plus, il a créé des conditions-cadres pour aider à trouver les fonds, en encourageant et en défiscalisant les souscriptions. Il appartient maintenant aux partenaires multiples de trouver les fonds, et ce prix va certainement créer une bonne dynamique.»

S’il reste intransigeant, Pascal Broulis pourrait néanmoins avoir un rôle déterminant: il a adressé, le 7 mars, une lettre à l’Office fédéral de la culture pour demander 2 millions de francs de subventions pour la restauration de l’Italie , au titre de la conservation du patrimoine historique.

Quoi qu’il advienne, les amis des vieux vapeurs ont déjà retrouvé des couleurs grâce à Europa Nostra. Hier encore, réunir les millions manquants avant l’automne faisait figure de mission impossible. Et passé ce délai, le devis prendra l’ascenseur. Aujourd’hui, tout redevient possible. Et si le miracle se produit, ne restera plus qu’à remettre une dernière fois l’ouvrage sur le métier pour sauver l’ Helvétie . En dénichant… une vingtaine de millions supplémentaires.

«Ce prix va certainement créer une bonne dynamique pour trouver des fonds»

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