Une phrase, une toute petite phrase au détour d'un article a suffi à semer la panique ou la colère dans l'establishment helvétique. La presse alémanique a répercuté la vive incompréhension que Joseph Deiss a provoquée, spécialement outre-Sarine et dans les milieux économiques, en se confiant au Handelszeitung. Le patron de l'Economie publique y annonçait la prochaine publication, en 2006, d'un rapport sur les conséquences qu'aurait sur la Suisse une adhésion à l'Union européenne. Il ajoutait, et ce sont ces mots précis qui ont semé le trouble, que «la discussion serait lancée» à cette occasion.

Trahison?

Les milieux économiques se sont sentis trahis. Ils ont aussitôt prêté au conseiller fédéral l'intention de plaider sournoisement pour une perspective – l'adhésion – qu'eux-mêmes refusent catégoriquement. Si le patronat est très remonté, c'est qu'il s'engage sans ambiguïté et sans compter en faveur des accords bilatéraux bis. Entre son camp et le Conseil fédéral, il existe comme un accord tacite: les concessions faites par la Suisse dans ce paquet – l'accord sur la fiscalité de l'épargne en particulier – ne sont acceptables qu'à la condition que l'adhésion soit enterrée pour plusieurs années.

Les banquiers sont les plus chatouilleux et il n'est pas surprenant qu'un de leurs plus hauts représentants ait piqué une sainte colère contre Joseph Deiss vendredi à Genève. Les oreilles du conseiller fédéral, qui n'était pas présent lors de cette manifestation privée, ont dû siffler. Le banquier a vilipendé le patron de l'Economie publique pour sa maladresse et son obstination à défendre une adhésion au mépris des intérêts nationaux.

La ligne officielle

Il semble pourtant que cette agitation soit exagérée et même sans fondement. On apprend d'une source bien informée au Palais fédéral que Joseph Deiss est le premier surpris par cette avalanche. Le conseiller fédéral a le sentiment que ses propos ont été mal compris. Il n'existe visiblement aucun motif de ne pas croire en sa bonne foi. Entre-temps, Deiss a recouru au Blick pour clarifier sa position. Il s'en tient à la position du Conseil fédéral: les bilatérales, rien que les bilatérales. Loin de lui l'idée de vouloir aujourd'hui ouvrir une perspective au-delà de la voie bilatérale, qui serait l'adhésion.

En d'autres circonstances, quand les Suisses débattaient de l'initiative populaire demandant au Conseil fédéral de dégeler la demande d'adhésion, Joseph Deiss avait imprudemment exposé son europhilie. Cela lui avait valu une volée de bois vert des mêmes milieux aujourd'hui sur la défensive. Ce précédent explique en partie l'émotion déclenchée par une petite phrase de toute évidence surinterprétée.