La population grisonne était manifestement heureuse hier. Les 800 écoliers agitant leurs drapeaux cantonaux ont réservé un accueil triomphal à la nouvelle conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf dès son arrivée en gare de Coire. Les autorités du canton n'ont eu de cesse de répéter, à l'image du président du Conseil d'Etat, Martin Schmid, que «le soleil brillait dans les Grisons» depuis que trois de leurs citoyens occupaient des postes en vue dans la Berne fédérale - une conseillère fédérale, la chancelière de la Confédération et le président du Conseil des Etats. C'est certainement l'image que tout le monde retiendra du voyage officiel de la Grisonne en train de Berne à Coire.

Analysé au travers du prisme politique, le tableau apparaît cependant nettement moins réjouissant. Une trentaine de parlementaires fédéraux ont accompagné la nouvelle magistrate depuis Berne et une soixantaine depuis Coire. Toutefois la représentation partisane était pour le moins inégale. Les socialistes et les Verts ont manifestement joué le jeu en se déplaçant en masse. Le PDC et PRD ont, quant à eux, opté pour une représentation minimale tandis que seuls cinq élus UDC ont fait le déplacement.

Délégations minimales

Au moment du départ en gare de Berne, le train spécial n'affichait pas complet. Quelques conseillers aux Etats ont d'ailleurs été appelés en renfort depuis leur wagon pour combler les trous que comptait encore la table officielle installée dans une autre voiture. Aucun conseiller fédéral n'a, par exemple, accompagné la nouvelle élue.

Dans le rang de la gauche, les présidents de partis, Hans-Jürg Fehr pour le PS et Ruth Genner pour les Verts, ont clairement affiché leur soutien à la nouvelle élue. Ueli Leuenberger, vice-président du parti écologique, le Conseiller d'Etat vaudois vert Luc Recordon et le socialiste grison Andrea Hämmerle, n'ont pas caché leur satisfaction. Les Genevoises Maria Roth-Bernasconi et Liliane Maury-Pasquier sont, elles, venues pour saluer l'élection d'une femme.

L'absence de Christian Levrat, cheville ouvrière de l'élection de la grisonne, a par contre été remarquée.

Ni Christophe Darbellay ni Urs Schwaller n'étaient dans la foule. Seule la conseillère nationale Lucrezia Meier-Schatz et quelques conseillers aux Etats ont représenté les démocrates-chrétiens. Philipp Stähelin, ancien président du PDC, a joué le chef de file de cette délégation minimale, tout comme Felix Gutzwiller pour les radicaux également peu présents.

Peu d'UDC

Y a-t-il malaise dans la maison PDC? La question se pose d'autant plus que la fête était aussi célébrée en l'honneur de la nouvelle chancelière de la Confédération, la PDC grisonne Corina Casanova.

A Felsberg, la présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey a rejoint la manifestation et a relevé qu'un climat chargé de tensions attendait la grisonne à Berne. La socialiste a aussi souligné que «le respect de l'adversaire politique devait être la base de la culture politique suisse».

Le maire UDC de Coire a averti que «l'arrogance et le culte de la personnalité n'appartenaient pas aux habitudes suisses», soulignant ainsi son appartenance à une aile modérée du parti. Des UDC modérés justement, seul le Grison Hansjörg Hassler et la Bernoise Ursula Haller ont osé s'afficher, tout comme le conseiller aux Etats argovien Maximilan Reimann qui n'appartient pourtant pas à cette aile. André Bugnon, président du Conseil national et le grison Christoffel Brändli président de la Chambre haute complétaient la délégation.

Eveline Widmer-Schlumpf, tout en avouant vouloir s'inspirer de la rigueur de Christoph Blocher, s'est dite consciente que la voie choisie ne serait pas facile. La maigre affluence de la droite hier vient confirmer le pressentiment de la nouvelle conseillère fédérale.