la ministre etson prédécesseur pour la première fois depuis le 12 décembre. La Grisonne en sort légèrement avantagée«Eveline Widmer-Schlumpf, conseillère fédérale et, pour le moment encore, membre de l'UDC.» C'est par ces mots que l'animateur d'Arena - l'émission politique de la TV alémanique - a présenté la Grisonne. En face d'elle, ou plutôt à côté, depuis que le Conseil fédéral a redéfini les règles de participation de ses membres aux émissions politiques, son prédécesseur Christoph Blocher.

Souriante et détendue

A la veille du lancement probable d'une procédure pour exclure l'UDC grisonne et sa représentante au gouvernement, le landerneau politique s'attendait à ce qu'Arena soit bien plus le théâtre d'un règlement de compte qu'un débat concernant l'initiative sur les naturalisations, soumise au peuple le 1er juin prochain. Contre toute attente, et comme l'avait promis le tribun zurichois, il ne fut question, vendredi soir, que de naturalisations.

La ministre, placée au centre de l'arène, a donc joué le rôle de modératrice. Une position qui lui a parfaitement convenu. Souriante et détendue, elle s'est plusieurs fois permis de contredire Christoph Blocher, tandis que la plupart du temps Christian Wasserfallen (PRD/BE) et Daniel Jositsch (PS/ZH) donnaient la réplique aux membres de l'UDC. «Vous avez suffisamment parlé M. Blocher, c'est mon tour maintenant», a-t-elle lâché calmement alors qu'il tentait de rebondir sur l'un des arguments de la Grisonne.

Au début, il y avait cependant beaucoup de Blocher et peu d'autres intervenants dans la «discussion». Comme à son habitude, le Zurichois a tenté d'entrée de jeu de monopoliser le micro, ne laissant que quelques bribes de parole à son président de parti, le Saint-Gallois Toni Brunner. La vapeur a soudain changé de sens lorsque le jeune Christian Wasserfallen - que les observateurs estimaient pourtant trop inexpérimenté pour tenir le coup - interrompit courageusement le Zurichois. A partir de ce moment et sans complexes, tant le radical que Daniel Jositsch n'ont pas hésité à détruire l'argumentaire de l'ex-conseiller fédéral et de Toni Brunner. Sur la question de la légitimité du peuple à choisir, la crainte de naturalisations en masse ou de la criminalité des étrangers, le débat a pris la tournure d'une cacophonie que le présentateur n'a réussi à interrompre qu'en se plaçant au milieu du plateau.

Au final, aucune pique ni référence à la procédure d'exclusion de la ministre UDC n'ont émaillé la discussion. Deux constats toutefois. D'un côté, Christoph Blocher est apparu plus tendu que d'habitude, son humour légendaire n'étant pas au rendez-vous. De l'autre, malgré son statut de représentante du gouvernement, Eveline Widmer-Schlumpf est plus que jamais apparue hors parti, esseulée qu'elle était parmi les UDC de l'aile dure présents hier soir. Alliée de circonstance des radicaux, démocrates-chrétiens, socialistes et Verts présents dans la salle, son parti n'aura aucun mal à prétendre une nouvelle fois qu'elle a trahi les siens.