Les atouts d’Eveline Widmer-Schlumpf

Election La ministre des Finances conserve toutes ses chances malgré l’échec de l’union PDC-PBD

Son avenir dépend du soutien du PS, du PDC et des écologistes

Analyse

Chacun ramasse ses billes et va jouer dans son coin. Jusqu’aux élections fédérales d’octobre 2015. L’échec de l’union parlementaire entre démocrates-chrétiens et bourgeois-démocrates ne signe sans doute pas la fin de toute collaboration entre le parti de Christophe Darbellay et celui de Martin Landolt. Mais c’est l’enterrement d’une stratégie: la création de bric et de broc d’un centre droit institutionnalisé.

Une union parlementaire aurait permis, avec une cinquantaine de sièges espérés en 2015, de légitimer l’élection de deux conseillers ou conseillères fédéraux du centre droit au nom de la fameuse «formule magique»: deux élus à chacun des trois grands partis, un seul au quatrième.

Le refus du PBD de constituer un groupe parlementaire commun avec le PDC contraint donc à revenir à la logique des rapports de force politiques. Comme en 2007, lorsqu’une majorité parlementaire évinça le ministre de la Justice Christoph Blocher pour le remplacer par celle qui était alors conseillère d’Etat des Grisons, Eveline Widmer-Schlumpf.

Et, dans cette logique de confrontation, celle-ci a toutes ses chances de conserver sa place au gouvernement. Le soutien des groupes socialiste et démocrate-chrétien, des Verts et Vert’libéraux devrait suffire, avec les voix du PBD qui réchapperont au laminage électoral qui leur est promis en 2015, pour remettre en selle la conseillère fédérale grisonne. En face, PLR et UDC auront de la peine à obtenir plus de 110 voix.

Ni les socialistes ni le PDC, qui rêve de reprendre un siège au gouvernement, ne souhaitent se retrouver face à un bloc majoritaire de droite constitué de deux libéraux-radicaux et de deux UDC. L’expérience des années 2000 avec Christoph Blocher et Hans-Rudolph Merz au gouvernement leur a suffi. D’autant plus qu’avec ses positions centristes sur des sujets tels que la sortie du nucléaire, les affaires des banques aux Etats-Unis, la stratégie de l’argent propre, le courant semble assez bien passer entre la ministre et ces deux partis.

On peut se demander si le PLR a un réel intérêt à faire chuter la ministre des Finances alors qu’elle est attendue sur la scène internationale avec deux gros dossiers sur lesquels la Suisse joue sa réputation: l’échange automatique d’informations fiscales par les banques, y compris les standards internationaux en matière fiscale, et l’adaptation de l’imposition des entreprises aux normes européennes. La place financière suisse peut-elle miser sur un ministre UDC pour parachever ces deux dossiers? La conseillère fédérale devra aussi rédiger, avant l’été 2015, le message du Conseil fédéral contre l’initiative pour sauver ce qui reste du secret bancaire. Avec ou sans contre-projet indirect. Par exemple sous forme d’amnistie fiscale. Qui, du PLR ou de l’UDC, où l’on soutient l’initiative, pourra alors assumer ces choix sans se dédire?

Les chances de réélection d’Eveline Widmer-Schlumpf en décembre 2015 dépendent donc moins de l’existence d’une collaboration institutionnalisée avec le PDC que de la conjoncture politique du moment, voire des intérêts de la gauche socialiste et écologiste.

On a beaucoup supputé, ce dimanche, les intentions de la ministre des Finances de se représenter ou non en 2015. Certains ont voulu voir un signe avant-coureur de retraite dans le fait qu’elle ne serait pas intervenue auprès de la section grisonne du PBD pour influencer la décision en faveur d’une union parlementaire. Au PDC, on se montre déçu qu’elle n’ait pas pesé dans le choix de sa section cantonale.

C’est mal connaître le caractère de la conseillère fédérale et l’idée qu’elle se fait de sa fonction que d’imaginer qu’elle accepte de jouer de son pouvoir pour dicter les décisions de la base, dit-on dans son entourage. Pour elle, un membre du gouvernement doit se placer en dehors de la logique partisane.

Sans doute connaissait-elle assez son parti cantonal des Grisons pour savoir, comme le rappelle au Tages-Anzeiger son président, Andreas Felix, que «PDC et PBD ont dans ce canton des origines historiques, des confessions et des électeurs très différents. Ils se concurrencent et se complètent.» Et admettre qu’un rapprochement au niveau national était synonyme, pour la base, de confusion et de perte d’identité.

Son choix de se représenter dépendra dès lors essentiellement de la perspective ou non d’obtenir une majorité devant l’Assemblée fédérale. Même un échec de son propre parti, le PBD, à constituer un groupe parlementaire ne sera pas déterminant. Gênant, tout au plus. Car Eveline Widmer-Schlumpf se retrouverait alors dans la même position que lors de son élection en 2007, lorsqu’elle s’est retrouvée exclue de son parti d’origine, l’UDC.

Son choix de se représenter dépendra de la perspective d’obtenir une majorité à l’Assemblée fédérale