«Un pas de plus dans les relations de confiance entre la Suisse et l'UE»: à Bruxelles hier, Eveline Widmer-Schlumpf a rodé sa partition de ministre calme et sereine auprès de ses interlocuteurs européens.

Venue pour signer le protocole d'extension de l'accord sur la libre circulation des personnes à la Roumanie et à la Bulgarie (conclu le 29 janvier), la cheffe du Département fédéral de justice et police l'a replacé dans le contexte d'un bilatéralisme qui porte ses fruits: «Les presque six ans d'expérience ont prouvé l'importance de l'ouverture des marchés du travail pour la Suisse en tant que place économique, a-t-elle expliqué. Il est de l'intérêt de chacun d'entre nous de consolider et de reconduire l'accord sur la libre circulation.»

L'ombre de la votation

La Suisse pourra, sept ans au plus après l'entrée en vigueur du protocole, maintenir des restrictions envers la main-d'œuvre bulgare et roumaine. Elle pourra en outre invoquer une clause de sauvegarde spécifique, lui permettant de réintroduire des quotas en cas d'immigration excessive sans craindre de subir des mesures de rétorsion de la part des 27.

La question, toutefois, porte moins sur les modalités d'application que sur la votation attendue au printemps 2009, dont le débat au Conseil national, ce mercredi, va permettre de mieux définir les contours. La commission de politique étrangère propose de traiter ces deux questions en deux arrêtés distincts, à l'instar du Conseil fédéral. La Bulgarie et la Roumanie se retrouveront donc dans le collimateur. «Je suis venu rappeler à mes interlocuteurs européens l'importance du système suisse de démocratie directe dans nos relations», a rappelé Mme Widmer-Schlumpf, avant de rencontrer dans l'après-midi le commissaire français Jacques Barrot, nouveau titulaire du portefeuille «Liberté, sécurité et justice», responsable pour tout ce qui a trait à Schengen.

Les peurs migratoires

La question de l'attitude de l'UE est en effet incontournable. Si la clause «guillotine» - qui entraînerait la dénonciation de l'ensemble des accords bilatéraux - sera sans doute évoquée par Bruxelles en cas d'une non-reconduction de la libre circulation, le scénario des rétorsions communautaires en cas de vote négatif envers l'extension à la Roumanie et la Bulgarie est moins clair (voir ci-dessous). «Il n'y a pas de lien, d'un point de vue juridique, entre les deux sujets. Mais il est évident que la situation créée sera difficile», a expliqué la ministre UDC, qui promet de batailler ferme pour l'emporter sur les deux tableaux: «Il est possible de démontrer aux citoyens suisses qu'il n'y a pas de danger migratoire majeur mais des opportunités», a-elle poursuivi.

Eveline Widmer-Schlumpf s'est aussi employée à déminer le terrain des peurs migratoires, lié par exemple au risque d'afflux de Roms en provenance d'Italie, dont une bonne partie sont des citoyens roumains: «La Suisse suit de près les mouvements de population. En cas d'afflux massif, nous sommes prêts à réagir.» Tout en replaçant les événements italiens dans leur contexte: «Environ un million de Roumains vivent dans la Péninsule, dont une partie dans des conditions précaires autour des grandes villes. Cette concentration est une source de problèmes spécifiques, absolument pas comparables avec la situation suisse.»