La fin de semaine s'annonce tendue pour Eveline Widmer-Schlumpf. Vendredi soir, elle sera opposée à son prédécesseur Christoph Blocher sur le plateau de l'émission Arena, à la TV alémanique, pour parler de l'initiative de l'UDC sur les naturalisations.

Parce que le Conseil fédéral a redéfini les règles de participation de ses membres aux émissions politiques, la confrontation ne sera pas directe (LT du 15.05.08). Christoph Blocher a assuré jeudi à la TV alémanique qu'il venait pour «parler de naturalisations et de rien d'autre». Mais il n'épargnera pas celle qui lui a pris sa place et qui aura besoin de tout son sang-froid pour esquiver ses coups.

La manière dont l'UDC a imposé sa présence en dit long sur les intentions de Christoph Blocher. Lorsque la ministre a accepté de participer à l'émission, elle s'attendait à voir en face d'elle le placide Bernois - mais néanmoins blochérien - Adrian Amstutz. L'UDC a cependant annoncé mercredi matin que c'est finalement quand même Christoph Blocher qui serait là.

Tout cela s'inscrit dans une stratégie limpide: l'UDC ne ménage pas ses efforts pour désarçonner Eveline Widmer-Schlumpf et l'empêcher de se prétendre membre de l'UDC. Le parti ne manque pas de souligner qu'elle s'oppose à l'initiative sur les naturalisations, que Christoph Blocher défend par monts et par vaux.

Parti dans l'embarras

Samedi, au lendemain de ce combat télévisuel, c'est le comité central du parti qui se réunit pour se déterminer sur la suite de l'affaire. A ce stade, cet organe doit décider s'il ouvre une procédure d'exclusion contre la section grisonne, «coupable» d'avoir refusé de bannir la conseillère fédérale. Que se passera-t-il s'il met une telle action en route? Tout est ouvert. La durée de la procédure, la convocation d'une nouvelle séance du comité central pour se prononcer sur l'exclusion elle-même, tout cela sera défini samedi, annonce le porte-parole du parti, Alain Hauert.

L'UDC est visiblement embarrassée. Elle cherche moins à chasser sa section grisonne qu'Eveline Widmer-Schlumpf elle-même, ce que les statuts ne lui permettent pas de faire. Deux sections, Berne et Glaris, refusent de mettre toute l'antenne grisonne à la porte. Une troisième, celle de Thurgovie, cherche encore une issue et a reporté sa décision au 27 mai.

Face à ces incertitudes, tout le monde est en position d'attente. Y compris ceux qui, dans le cadre de l'opération baptisée Bubenberg, songent à créer un nouveau parti ou groupe parlementaire en cas d'exclusion des collègues grisons.