A l'heure où les bruits de bottes commencent à couvrir les voix de la diplomatie, une délégation religieuse suisse effectue, du 17 au 24 avril, un voyage en Iran pour délivrer un message de paix. «Le but de notre visite est de promouvoir un dialogue interreligieux et culturel, pour aboutir à la concorde dans le monde», a précisé vendredi à Téhéran Mgr Pierre Bürcher, évêque auxiliaire de Lausanne, Genève et Fribourg, et président du groupe «Islam» de la Conférence des évêques suisses.

Cette visite inédite, qui a lieu sur fond de crise internationale liée au nucléaire iranien, est, insiste-t-il, «de nature religieuse et non politique». Pas question, donc, de commenter les propos explosifs du président Ahmadinejad sur l'enrichissement d'uranium et l'Holocauste. En revanche, la délégation a eu l'occasion de s'entretenir longuement avec l'ancien président Mohammad Khatami qui, à l'inverse de son successeur, s'est toujours efforcé de prôner la non-violence. «J'ai été impressionné par son ouverture spirituelle et sa volonté exprimée de manière très claire d'œuvrer au dialogue entre les civilisations», remarque Mgr Bürcher. «Je l'ai senti soucieux, dans le contexte mondial actuel, de développer ce dialogue. Il nous l'a manifesté comme étant une urgence en vue de l'établissement d'une paix durable dans le monde», poursuit l'évêque.

Ce n'est pas la première fois que les deux hommes se rencontrent. En janvier 2004, ils avaient déjà eu l'occasion de se croiser lors d'une visite officielle de Mohammad Khatami, à Berne, lorsqu'il était encore président. De cette première entrevue était née l'idée d'un échange culturel et religieux approfondi entre l'Iran et la Suisse.

Le groupe «Islam»

Créé avant les attentats du 11 septembre, le groupe «Islam» de la Conférence des évêques suisses reçut, ainsi, en septembre dernier, l'organisation iranienne «Islamic Culture and Relations Organisation» (ICRO) pour amorcer des discussions interreligieuses. C'est à l'invitation de cette même organisation que la délégation suisse, composée de dix personnes, effectue actuellement un voyage d'une semaine en Iran, pays à majorité musulmane chiite.

Depuis son arrivée à Téhéran, le 17 avril, le groupe s'est entretenu avec d'importantes personnalités cléricales iraniennes, dont l'ayatollah Araghi, le directeur de l'IRCO. Vendredi, la délégation suisse s'est également rendue dans la ville sainte de Qom, connue pour être le «Vatican» du chiisme. Elle est allée à l'Institut Imam Khomeiny, a visité le Centre des religions et la Grande Bibliothèque de l'ayatollah Kashani.

Minorités religieuses

Vendredi matin, départ pour Ispahan, ville du centre de l'Iran, où se trouve une bonne partie de la communauté chrétienne iranienne. Car un des objectifs principaux du groupe de travail «Islam», c'est bien celui de rencontrer les minorités religieuses, notamment chrétiennes, juives et zoroastriennes, qui constituent respectivement 0,7%, 0,3% et 0,1% de la population. Depuis la révolution islamique de 1979, et l'application d'une loi inspirée de la charia, un grand nombre de leurs membres ont quitté le pays. Ces trois minorités sont chacune représentées par un député au parlement et peuvent pratiquer, en privé, leur culte.

Libertés restreintes

Mais leurs libertés demeurent restreintes. «Les non-musulmans restent des citoyens de seconde catégorie. Certes, les minorités bénéficient de la liberté de culte, mais pas dans l'espace public. Leurs membres sont sans subside de l'Etat alors qu'ils subventionnent, par leur impôt, le culte musulman. Et puis, ils continuent à subir des discriminations sociales. Ils sont, par exemple, exclus de l'accès aux postes de décision», constate Mgr Bürcher.

Quid des minorités religieuses non reconnues? «D'après les chiffres que j'ai pu obtenir par recoupement, elles s'élèvent à environ 170000 personnes. Elles sont donc plus nombreuses que les minorités reconnues. Il y a les bouddhistes, les hindouistes et les bahaïs. Ce sont ces derniers qui sont dans la situation la plus fragile et qui sont poussés à l'exil», s'inquiète l'évêque. Pour lui, toutes ces restrictions, qu'il a l'intention d'évoquer ouvertement avec ses interlocuteurs, «ne sont pas conformes au droit international».