C'est une surface équivalant à quelque 68 terrains de football, tous situés en ville de Genève, que le Grand Conseil est appelé à classer en zone de verdure. Pas de nouveaux espaces verts, mais 18 parcs, jardins et squares qui font déjà le bonheur des Genevois et que le canton va définitivement soustraire à une éventuelle tentation de bétonner. D'autres terrains en périphérie, Rive gauche et Rive droite, avaient déjà été protégés par le Grand Conseil. En tout 60 lieux. Ce classement se limiterait à une opération administrative s'il n'intervenait pas dans un climat de très fortes tensions provoquées par le manque de terrains à bâtir. L'association pour la protection des villas, qui tiendra séance aujourd'hui, s'oppose à la densification des quartiers résidentiels, alors que les Verts ont pris position contre le déclassement des terrains agricoles réclamé par les partisans d'une politique sociale du logement.

Dernier paquet du processus de sauvegarde des espaces verts lancé par Laurent Moutinot à la tête du Département de l'aménagement, de l'équipement et du logement, 681 000 mètres carrés de terrain seront donc gelés dans leur statut, en plein centre urbain. Alors que certains parcs et promenades, comme le parc des Eaux-Vives, la plaine de Plainpalais ou la promenade des Bastions sont déjà situés en zone de verdure, d'autres non moins appréciés de la population, comme une partie du parc Bertrand, aux Eaux-Vives, le parc Liotard à la route de Meyrin, etc., figurent encore en zone à bâtir, respectivement en zone de développement.

Théoriquement, ces terrains, appartenant à la Ville et que l'usage a pourtant consacrés comme parcs, pourraient être attribués à des projets de construction: écoles, locaux administratifs, centres sportifs, etc. Ce fut notamment le cas avec le parc Vermont, sur lequel un projet d'école était envisagé et qui fut épargné par un référendum. En les classant, avec l'accord de la Ville, l'Etat les soustrait donc à toute tentation d'y implanter un jour quelque bâtiment que ce soit, sauf des structures légères en périphérie, tels que buvettes ou pavillons.

Seul point d'achoppement, au cours de la procédure de préavis, une majorité de l'Entente de droite et du Parti du travail au sein du Conseil municipal s'est opposée au classement du parc Vermont afin de se garder une réserve de terrain d'utilité publique. Compte tenu du préavis positif du Conseil administratif, le Département de Laurent Moutinot propose de maintenir son option de classement.

Mais Laurent Moutinot et son département n'envisagent pas de s'arrêter là. Après le classement des terrains appartenant aux collectivités publiques, il s'agira, dans une nouvelle étape, d'inscrire au plan directeur de nouveaux espaces publics, les «parcs du XXIe siècle», un maillage vert de la ville, avec promenades et cheminements, même sur des terrains de particuliers au besoin. Se posera alors la question de la création d'un fonds d'intervention pour financer ces opérations et, évidemment, de dispositions légales pour permettre des préemptions et expropriations. Autant dire que Laurent Moutinot a déjà mangé son pain blanc.