Editorial

Eviter une erreur historique dans la rade de Genève

Le 28 septembre, au sortir des vacances d’été, les Genevois devront prendre une décision fatidique pour leur petite et vénérable République. Ils voteront sur une initiative de l’UDC demandant la construction d’un tunnel sous la Rade, à quelques centaines de mètres du pont du Mont-Blanc, toujours saturé.

L’adoption de cette traversée raccourcie représenterait une erreur historique. Mais certains signaux suggèrent qu’elle pourrait tout de même l’emporter.

Une partie du camp patronal est en train de basculer dans le camp du oui. Le TCS l’a fait il y a quelques jours, tout en proposant d’amender le projet de l’UDC. Le raisonnement, dans ces sphères, semble être qu’une petite traversée de la Rade vaut mieux que pas de traversée du tout.

Signe de la fébrilité qui gagne le centre droit: le PLR a ressorti mardi l’idée d’un élargissement du pont du Mont-Blanc. Cette solution improvisée, voire bancale, risque surtout de légitimer le projet inadéquat de l’UDC.

Située en plein hypercentre, la petite traversée de la Rade ne déviera pas suffisamment le trafic routier pour justifier son coût – 1,2 milliard de francs, sans financement à espérer de Berne. Son seul avantage est qu’elle serait prête plus vite que la variante soutenue par le Conseil d’Etat: un tunnel sous-lacustre, plus éloigné du centre-ville mais beaucoup plus accessible et facile à connecter au réseau autoroutier. Cette traversée du lac coûterait plus cher (3,5 milliards) et serait prête plus tard (2030 au lieu de 2021). Mais elle désengorgerait vraiment Genève et devrait pouvoir bénéficier de financements fédéraux.

Malgré ces avantages, le Conseil d’Etat s’attend à une votation «compliquée». Entre la fin des vacances et l’interdiction qui lui sera faite de s’exprimer «activement» trois semaines avant le vote, il aura à peine quinze jours pour faire campagne. En insistant d’abord sur le coût disproportionné du projet de l’UDC. Si elle veut lui faciliter la tâche, la Confédération – incarnée par Doris Leuthard – doit s’engager rapidement à ses côtés. En disant à quelles conditions, et avec quels montants elle pourrait subventionner la traversée du lac.

Il n’en faudra pas moins pour convaincre les Genevois d’attendre encore ce projet suspendu depuis des décennies. Leur impatience est le grand danger qui pèse sur cette votation. L’autre, c’est l’étroitesse d’esprit qui amènerait à dépenser 1,2 milliard pour aérer quelques rues du bord du lac, au lieu de privilégier un projet à l’échelle de l’agglomération. Leur cité, capitale économique de la Suisse romande et de la région lémanique, mérite mieux.