Johann Schneider-Ammann a l’intention de rester au gouvernement jusqu’en 2019, a-t-il annoncé à plusieurs reprises à la fin de l’année. Le Bernois, qui aura 65 ans le 18 février, serait en pleine forme et a plein de projets à la tête du Département de l’économie, si l’on en croit ses déclarations faites juste avant Noël.

Si tout le monde au Conseil fédéral suit la même logique, on risque d’être confronté à un quadruple départ au moment du prochain renouvellement quadriennal, en décembre 2019. Ueli Maurer, qui a déjà 66 ans, Doris Leuthard, qui entame sa seconde année présidentielle et siège au Conseil fédéral depuis 2006, et peut-être Didier Burkhalter, élu en 2009, pourraient partir conjointement avec le ministre de l’Economie. Cela rebrasserait les cartes et élargirait le jeu des successions, des profils, des candidatures féminines et des départements. Mais un tel chambardement est-il souhaitable pour le pays? Dans un contexte politique national et international particulièrement tourmenté, certains en doutent.

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Doris Leuthard, doyenne de fonction

Pour l’instant, aucun dirigeant politique n’aborde ouvertement le sujet, car la date de leur départ reste l’un des rares privilèges personnels des membres du gouvernement. En parler serait perçu comme une tentative de leur montrer la porte de sortie. La prudence est donc de mise. Cela n’empêche pas de mener certaines réflexions en coulisses.

Les regards se tournent en premier lieu vers Doris Leuthard. Sa seconde année présidentielle s’achèvera alors qu’elle aura fait avancer quelques dossiers importants: les fonds ferroviaires et routiers seront sous toit, le tournant énergétique qui l’occupe depuis bientôt six ans aura franchi des étapes décisives, la nouvelle législation sur l’aménagement du territoire est en phase de mise en œuvre. Certes, le dossier de la SSR ne sera pas clos, mais ce débat-là aura largement de quoi occuper le futur chef de ce département mammouth.

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Elle est la mieux placée pour envisager un départ anticipé, avant la fin de la législature. A bientôt 54 ans, elle est la doyenne de fonction du gouvernement – elle y siège depuis août 2006 – et ne s’attardera probablement pas au Conseil fédéral après sa seconde présidence. Elle aura encore de belles perspectives dans le secteur privé. Son siège ne sera pas contesté: il reviendra au PDC, qui n’a plus qu’elle au Conseil fédéral tout en détenant aussi la Chancellerie, poste occupé par Walter Thurnherr.

Renouvellement par étapes

La question est de savoir s’il serait utile qu’elle coordonne son départ avec celui de Johann Schneider-Ammann, par exemple en 2018. Ce serait un scénario intéressant: il permettrait de renouveler le gouvernement par étapes sans pour autant éclipser la question des femmes. Il paraît probable que Doris Leuthard soit remplacée par un homme alémanique. Dans ce cas, la pression augmentera sur Karin Keller-Sutter, rivale malchanceuse de Johann Schneider-Ammann en 2010.

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La Saint-Galloise, actuelle vice-présidente du Conseil des Etats, membre du PLR et polyglotte, ne cesse de répéter qu’elle a tourné la page, qu’elle est très bien là où elle est – elle assume quelques mandats privés de premier plan comme le conseil d’administration de La Bâloise et l’Union patronale – et qu’elle ne sera pas candidate. Rien n’y fait: son nom revient systématiquement lorsque la succession de Johann Schneider-Ammann est évoquée. Son parcours et son profil lui donnent une longueur d’avance sur toute autre candidate féminine alémanique.

Le départ coordonné des deux ministres permettrait aussi de régler la question grisonne. Le canton de l’extrême sud-est dispose avec les conseillers aux Etats Martin Schmid (PLR) et Stefan Engler (PDC) de deux prétendants très sérieux, tous deux ex-membres du gouvernement cantonal. Mais ils ne pourront pas tous les deux devenir conseillers fédéraux. Le parlement devra choisir. Un départ simultané de Doris Leuthard et de Johann Schneider-Ammann permettrait de faire ce choix. Et n’empêcherait pas de réfléchir à la répartition des départements. Guy Parmelin ne serait sans doute pas malheureux de laisser la Défense à un autre représentant de la droite et de prendre le ministère des Infrastructures de Doris Leuthard.

Deux, c’est bien, quatre, c’est trop

Ce scénario, qui reste purement spéculatif – n’en déplaise aux acteurs politiques qui détestent ça – aurait l’avantage d’éviter un trop grand bouleversement dans trois ans. Ueli Maurer a repris les Finances au début de 2016 et a promis qu’il resterait jusqu’à fin 2019. Il s’en ira. Sa succession ne sera pas simple. L’UDC voudra présenter un «dur», mais le parlement, rendu frileux par l’expérience de Christoph Blocher au gouvernement entre 2003 et 2007, ne sera pas prêt à élire un UDC inapte au compromis.

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On peut en outre imaginer que Didier Burkhalter, qui avait beaucoup hésité avant de présenter sa candidature après le départ de Pascal Couchepin en 2009, ne reste pas au-delà de 2019. Il aura alors 59 ans et pourra encore rêver d’une suite de carrière dans le privé ou sur la scène internationale. Il est ainsi vraisemblable qu’il faille de toute manière remplacer deux conseillers fédéraux à l’échéance de décembre 2019. Deux, c’est déjà bien. Quatre d’un coup, ce serait sans doute trop.