Cela avait tout d'une opération marketing. Hier, à la salle des Fiefs de l'Hôtel de Ville, les sept ministres qui gouvernent Genève avaient un message précis à faire passer à l'occasion de leur bilan de mi-législature: «Notre esprit d'équipe porte ses fruits. Nous avons indiscutablement gagné en crédibilité et en efficacité.» Les conseillers d'Etat ne se sont guère étendus sur leurs réalisations concrètes, qu'ils ont préféré détailler dans un document. Ils étaient là pour faire valoir l'autorité et la confiance qu'ils estiment avoir largement restaurées.

• Un canton en chantier

Il faut dire que Genève revient de loin. Succédant à un Conseil d'Etat discrédité, ce gouvernement de centre gauche s'est fixé pour priorité de ramener la sérénité dans un canton sclérosé par une crise institutionnelle. Et de réactiver la marche de l'Etat: finances, logement et chômage allaient être repris en main, a-t-il promis il y a deux ans.

Aujourd'hui, où en est-on? Genève est en chantier. Des accords ont été passés - notamment avec les fonctionnaires - des réformes lancées, mais il n'est pas sûr que deux ans suffiront pour que l'on en voie les effets. Quoi qu'il en soit, le gouvernement est clair: il ne changera pas de méthode. La recherche de consensus et la volonté d'économiser sans toucher à la fiscalité ni aux prestations restent les axes de son action.

• La résurrection des finances

L'événement le plus spectaculaire est sans doute le retour précoce aux chiffres noirs des comptes de l'Etat. Coup sur coup, le grand argentier David Hiler a annoncé un exercice 2007 bénéficiaire de 400 millions et un budget 2008 excédentaire de 40 millions. Dans un canton qui n'a connu presque que des déficits en quinze ans, c'est une révolution. La classe moyenne attend de pied ferme un allégement fiscal. Il est prévu en 2008, comme la réévaluation des salaires des fonctionnaires.

La marge de manœuvre est toutefois mince: de l'aveu du Vert David Hiler, «structurellement, les finances ne sont pas rétablies.» Certes, la progression des charges est contenue. Mais les deux plans gouvernementaux d'assainissement n'ont occasionné que de maigres économies. C'est la conjoncture qui sauve la mise. Quant à la dette, qui culmine à 12,5 milliards, sa stabilisation n'est due qu'aux transferts d'actifs votés par le peuple. Mais avant de s'atteler à sa réduction, le ministre vise l'autofinancement des investissements.

Les bons comptes de l'Etat s'expliquent aussi par le cadeau empoisonné aux communes, un fardeau de 60 millions. Qui n'a pas été assorti d'une vraie refonte de la répartition des compétences entre les deux entités. Principal écueil: la Culture, que le Conseil d'Etat voulait transférer à la Ville de Genève. Sans consulter, semble-t-il, son ministre de tutelle, Charles Beer. L'affaire a écorné la belle union de l'exécutif: le socialiste s'est opposé à la volonté de ses collègues. Charles Beer a dû faire face à d'autres combats: l'école primaire a été revue de fond en comble, et l'Université semble sortie de la crise. Son projet de Réseau d'enseignement prioritaire a été salué, mais d'autres défis doivent être relevés, comme la refonte du Cycle d'orientation et la formation des maîtres.

• L'aménagement en plan

Au chapitre du logement, un succès à souligner: L'accord de paix signé par les acteurs sous la houlette du libéral Mark Muller. Le magistrat a emballé les Genevois avec son intention de redessiner la Praille. Mais cela reste à l'état de chimère. Quant aux projets immobiliers - la Chapelle-les Sciez, les Vergers et les Communaux d'Ambilly -, ils stagnent. Et pendant ce temps, les contribuables filent. Ces blocages font écho aux problèmes de mobilité. Le projet ferroviaire du CEVA est attaqué par une initiative, la troisième voie CFF entre Lausanne et Genève est dans les limbes et la traversée du Léman est reléguée à l'an 2040. Tout cela s'inscrit dans le flou qui caractérise le projet d'agglomération franco-valdo-genevois, géré par le Vert Robert Cramer. Sa concrétisation constitue pourtant un défi majeur pour le canton.

• Emploi suspendu aux urnes

On compte davantage d'avancées dans le domaine du social. Le radical François Longchamp a réformé le système d'assistance et s'est attaqué à l'une des bêtes noires du canton: son taux record de chômage, de 6,1% contre 2,9% en moyenne suisse. Le ministre a élaboré une loi qui accélère la prise en charge des chômeurs et supprime les emplois temporaires. Mais elle est combattue par un référendum soutenu par le PS, la gauche dure et les syndicats: les Genevois trancheront le 16 décembre.

Un verdict que le Conseil d'Etat ne pourra pas ignorer, à l'inverse de son inaction suite à la demande des citoyens d'octroyer davantage de moyens aux EMS. Le PDC Pierre-François Unger, chargé de la Santé, n'a-t-il pas trouvé le temps de la faire appliquer? Mystère.

Mystère aussi sur ce qui se trame au sein de la Police. Au bilan de mi-législature, rares sont les traces des réformes promises. Le socialiste Laurent Moutinot peut au moins se targuer d'ouvrir l'annexe de la prison de Champ-Dollon en 2008.

Deux ans et un handicap

Les ministres n'ont plus que deux ans pour concrétiser leurs intentions. Et un handicap: le double mandat de Robert Cramer, élu au Conseil des Etats. Le ministre se détache de Genève sur une fausse note avec l'affaire des salaires princiers dans les régies autonomes qui sont sous sa tutelle, les Services industriels et les Transports publics. Une tache noire que le Conseil d'Etat devra s'appliquer à gommer en faisant preuve de transparence.