Souvenez-vous. La tension avant l’épreuve, la crainte et la volonté de se mesurer à soi-même, le silence presque sacral de la classe, la feuille qui échoit sur le pupitre, la perspective de la délivrance, la délivrance. Souvenez-vous de vos examens de maturité ou de fin d’apprentissage. Et la joie, la fête, la frustration ou le chagrin peut-être. La volée 2020 des étudiants romands sera privée de cette mémoire-là.

Après que le Conseil fédéral, mercredi, eut remis le destin des examens de maturité et de fin d’études entre les mains des cantons, les Romands y ont renoncé, à la notable exception de Fribourg, qui a annoncé jusqu’ici vouloir les maintenir. Les élèves obtiendront le sésame sur la base du premier semestre et les non-promus bénéficieront d’une session de rattrapage. Beaucoup d’élèves en seront soulagés, des parents aussi. Mais cette allégresse n’est pas promise à durer au-delà d’un été. Car à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Remplacez péril par effort, l’adage vaut aussi.

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La construction d’un individu passe aussi par les épreuves, subies ou consenties. Les examens de maturité en sont une expression positive, représentant un jalon sur le chemin de la construction personnelle: un point d’orgue après le premier mouvement, un rituel de passage, offrant aux éprouvés la reconnaissance de leurs compétences et l’assurance que leur bagage suffira à l’exploration de nouvelles terres. Ce futur en accès libre, délivré par la grâce des autorités, est en réalité une mansuétude préjudiciable.

Il aurait fallu de la créativité et de la souplesse

La tenue de ces examens aurait certes représenté un gros défi, sanitaire et organisationnel. Il aurait fallu de la créativité et de la souplesse. Adapter peut-être les barèmes, ne pas interroger sur des matières transmises à distance. Et, pourquoi pas, mordre sur les vacances estivales. Si la situation exceptionnelle a valu d’exiger la fermeture des écoles pendant trois mois, elle pouvait aussi requérir une petite prolongation. De nombreux professeurs étaient d’ailleurs favorables au maintien des examens, quitte à les repousser, selon un sondage réalisé par un syndicat d’enseignants. Les écoles privées aussi, désormais obligées d’annuler les leurs. Quant à l’argument ultime de l’égalité des chances, il est fallacieux à ce stade du parcours. Quand on parvient en année de maturité, on connaît le labeur à domicile, que celui-ci soit modeste ou seigneurial.

Si Fribourg peut organiser ces examens – et on ne sache pas que Fribourg soit sur une autre planète – on saisit mal l’impossibilité des autres cantons. Sauf à imaginer qu’ils aient manqué de courage devant la tâche et les récriminations que cette décision aurait provoquées. Sans ambition, les autorités ont stoppé net celle de cette jeunesse.

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