«Notre relation était cordiale et de confiance. Quand on a appris la débâcle dans la région, ça a été une bombe. Beaucoup de gens ont perdu de l'argent dans cette péripétie et j'étais sidéré.» A l'image du conseiller d'Etat valaisan Serge Sierro, de nombreux témoins ont défilé mardi à la barre de la Cour d'assises de Genève pour évoquer la saga des sociétés financières Norit et Gefipro, ainsi que de leurs patrons.

L'actuel chef du Département de l'éducation, avait à l'époque participé en tant qu'avocat et notaire à la fondation et à l'augmentation de capital de Gefipro. Il figurait ainsi parmi les invités de marque du financier brésilien, aujourd'hui accusé avec ses deux associés valaisans. Face au tribunal, le radical a cependant invoqué la pudeur valaisanne, pour ne rien dire de ces fastueuses soirées qui avaient lieu au chalet de l'accusé, où l'on côtoyait notamment Jacques Chancel ou la famille de Shimon Peres.

Ami personnel du patron de Norit, l'ancien premier ministre israélien n'a pu se déplacer à Genève. Dans une lettre, il a toutefois souligné les qualités de cet «éminent philanthrope» et se dit persuadé qu'il a été victime de la malchance. La quinzaine de témoins entendus ont permis de dresser une image du financier et des événements. A la mort de son père, le Brésilien, marié à une parente de la famille du shah d'Iran, avait notamment hérité d'une fortune de 20 millions.

Avec ses sociétés, il s'est ainsi lancé dans la gestion de fortune de nombreux particuliers. Bien que tous ses amis se soient montrés sceptiques, il était alors convaincu par les perspectives de résultats d'un nouveau système informatique permettant d'analyser et d'indiquer des tendances dans le domaine des opérations de change. La machine n'a toutefois pas prévu des événements comme la chute de Gorbatchev…

«En 1994, le réveil a été brutal. J'ai découvert un homme étouffé par la dignité et le refus d'accepter que sa propre martingale était partie en fumée. Alors, comme au casino, il a réagi en essayant de jouer encore un coup. Ce fut ensuite la cavalerie, la tricherie, lamentable et pathétique», a résumé Me Michel Halpérin. L'avocat, alors mandataire de la société et ami du financier, était cité par la défense comme témoin.

Au sein des sociétés, les pertes et les opérations fictives n'étaient pas un secret pour les employés. Le Brésilien, qui reconnaît les délits qui lui sont reprochés, sera interrogé aujourd'hui, ainsi que ses deux associés valaisans.